Les clients de prostituées, un profil difficile à établir

SOCIÉTÉ u d'études ont été menées sur les hommes qui fréquentent les prostituées...

avec AFP

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Une prostituée à Nantes.
Une prostituée à Nantes. — F. ELSNER / 20 MINUTES

Jusque-là oubliés de la législation française, les clients de prostituées, ciblés par une proposition de loi qui veut les sanctionner, restent des inconnus, peu d'études existant sur ceux que les abolitionnistes considèrent comme «responsables» de la prostitution.

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Seule certitude, les clients sont majoritairement des hommes, «à 99%» selon la députée Maud Olivier, rapporteur de la proposition de loi présentée ce mercredi matin à l’Assemblée, qui décrit la prostitution comme un «phénomène sexué», puisqu'à l'inverse une majorité des prostitué(e)s sont des femmes (environ 85%).

18,1% d’hommes disent y avoir eu recours

Deux études ont déjà été menées en France, pour tenter d'établir des profils et estimer leur nombre, mais elles datent de plusieurs années.

Dans leur «Enquête sur la sexualité en France» (2008), les sociologues Michel Bozon et Nathalie Bajos constataient que le recours à la prostitution n'était «pas en voie de recul chez les hommes».  Ainsi, en 2006, 3,1% d'entre eux disaient y avoir eu recours dans les cinq ans (contre 3,3% en 1992).

Ce sont les hommes de 20 à 34 ans qui représentaient la plus forte clientèle (environ 5% ont eu une relation sexuelle tarifée dans les 5 ans). Au total, 18,1% des hommes affirmaient avoir eu recours à une prostituée au moins une fois dans leur vie.

Artisans et commerçants: les principaux clients

Selon l'étude, après 50 ans, plus d'un homme sur quatre a eu au moins un rapport sexuel payant dans sa vie. «Vu l'importance de la proportion d'hommes jeunes qui recourent à la prostitution, il n'est pas certain que ce chiffre soit amené à baisser rapidement», estimaient les sociologues.

Les auteurs observaient également de fortes variations selon l'environnement: seuls 4% des 20-34 ans demeurant dans des communes de moins de 5.000 habitants avaient eu recours à une prostituée dans les cinq ans, contre 11,6% des hommes du même âge demeurant dans l'agglomération parisienne.

Dans un article de 2012, les mêmes sociologues précisent que dans le recours des hommes de 25 à 49 ans à la prostitution, «l'achat de services sexuels correspond à un profil social particulier»: ce sont les artisans et commerçants qui se déclarent les principaux utilisateurs (23% ont eu recours à la prostitution).

Plus de la moitié sont pères

Enfin, dans une autre étude de 2004 réalisée pour le Mouvement du Nid, une association d'aide aux prostituées, le sociologue Saïd Bouamama avait constaté que toutes les professions étaient représentées parmi les clients, avec une surreprésentation de cadres, employés supérieurs, chefs d'entreprises et commerçants.

Dans cette étude, 60% des clients avaient plus de 30 ans, un tiers étaient mariés ou en couple, un tiers divorcés, un tiers n'avaient jamais vécu en couple. Et plus de la moitié étaient pères.

Le sociologue avait répertorié cinq profils: les «isolés affectifs et sexuels», les «compulsifs de la sexualité», qui estiment que l'homme a des besoins différents de la femme et justifient ainsi la prostitution, les «décalés de l'égalité», souvent plus âgés, qui sont «perturbés par le comportement sexuel libéré des femmes», et les «allergiques à l'engagement», trouvant les relations amoureuses trop difficiles et les femmes trop exigeantes. Mais la grande majorité se retrouve dans un cinquième profil: «les acheteurs de marchandises», qui parlent de l'acte sexuel comme d'un achat au supermarché, ce qui leur donne le sentiment de ne pas tromper leur femme.