Harcèlement scolaire: «Quarante ans plus tard, je ne supporte plus l'odeur des écoles»

TÉMOIGNAGES omment les violences subies à l'école influencent-elles la vie d'adulte? Les internautes racontent...

Christine Laemmel

— 

La rentrée scolaire dans une classe de CM2 à Toulouse
La rentrée scolaire dans une classe de CM2 à Toulouse — FRED SCHEIBER/20 MINUTES

A Christophe Lemaitre, la timidité. Inscrite au fer rouge dans sa peau d’adulte et de champion d’athlétisme, autant que son cheveu sur la langue, prétexte de brimades pendant son enfance. Quels stigmates Antoinette, Angélique, Audrey et Eric, internautes de 20 Minutes victimes de harcèlement scolaire il y a plusieurs années, gardent-ils? A l’occasion du lancement de la campagne contre le harcèlement scolaire 2013, nous leur avons posé la question.

Près de cinquante ans plus tard, Antoinette n’a pas oublié «cette odeur de craie, de nettoyant pour le sol et de transpiration», l’odeur de l’école. Symbole du supplice qu’elle a subi pendant un an, l’année de sixième, à cause de… son prénom. Forcée de «finir les assiettes» de ses camardes ou de «lécher la cour de récréation».

Un matin au réveil, «ma mémoire s’est brutalement mise en marche»

Des années plus tard, elle se retrouve paralysée devant son bureau de vote. «Je votais dans l’école maternelle qui est à côté de chez moi, raconte cette internaute. A force de repousser toute la journée, j’ai fini par ne plus aller voter.» Si Antoinette n’a pas fait le rapprochement tout de suite, aujourd’hui son «malaise terrible» est évident. «Les écoles, je ne peux plus», nous dit-elle sur un ton lapidaire.

Antoinette a aussi mis du temps avant d’en parler. Quelques années avant la mort de sa mère, il y a seulement dix ans. A une amie professeure des écoles qui voulait lui montrait sa classe, elle n’a pas réussi à le dire et a «supporté l’odeur» pendant les 15 minutes de démonstration.

Autant de temps pour Thi, dont la mémoire, un matin au réveil, «s’est brutalement mise en marche.» Emportée par ses souvenirs, son expérience s’est transformée en blog puis en livre. «Autoanalyse réussie? écrit Thi, l’année dernière, j’ai entièrement réécrit le récit en disant "je", sereinement.»

J’ai arrêté «d'accepter le rôle de la victime»

A 32 ans, Angélique, malmenée par «une fille très populaire» en quatrième, reconstruit bout à bout sa «confiance en elle». Avec une thérapeute, en 2010, qui l’a aidée à travailler sur la gestion de ses émotions, au moment de passer son permis. Aujourd’hui, avec son compagnon, qui la pousse à «prendre des décisions.» Aux prises avec son estime d’elle-même, Angélique est désormais détachée de sa haine, «contre cette fille, le reste de la classe et tous les professeurs qui ne voyaient rien.»

Le besoin de vengeance s’est envolé chez Eric aussi lorsqu’il a arrêté «d'accepter le rôle de la victime.» «Je connais bien un de mes harceleurs, devenu lui aussi adulte, raconte-t-il. Un homme coléreux, minable et autoritaire.» Quand Angélique pense au jour où elle sera mère, elle espère simplement réussir à «instaurer un dialogue. Moi je ne pouvais me confier à personne», regrette-t-elle.

Comme une vengeance qui ne dit pas son nom, Audrey avoue elle conseiller à ses enfants «de remettre les coups qu’on leur donne». «Je n’admets pas la méchanceté dans le monde éducatif, précise-t-elle (…) je me suis fait convoquer plusieurs fois car il n’est pas acceptable que mon enfant se batte. Ma seule et unique réponse est qu’il se défend.»