«Un élève qui est harcelé dans la cour l'est généralement aussi sur Internet»

INTERVIEW Éric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, analyse le phénomène de cyber-harcèlement...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Éric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire
Éric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire — SIMON ISABELLE/SIPA

Longtemps limité à la cour de recréation, le harcèlement a désormais aussi lieu sur Internet. A l’occasion de la présentation du plan d’action contre ce fléau ce mardi par Vincent Peillon, Éric Debarbieux, délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, décrypte cette nouvelle forme d’agression.

Le harcèlement scolaire a-t-il pris une autre dimension avec Internet?

Le phénomène ne s’est pas amplifié avec Internet, mais s’est plutôt prolongé. Car la plupart du temps, un élève qui est harcelé dans la cour l’est ensuite sur Internet ou au téléphone. D’où le sentiment de détresse de la victime qui ne peut plus se réfugier dans sa cellule familiale lorsqu’il est agressé à l’école car les attaques se poursuivent dans sa sphère privée. On estime que 6% des élèves sont ainsi agressés de façon répétée sur le Net. La même proportion que ceux qui se disent harcelés tout court.

Quelles sont les différentes formes du cyber-harcèlement?

Il s’agit d’insultes, de moqueries, de propagation de rumeurs, d’usurpation d’identité digitale sur les réseaux sociaux, de diffusion d’images sans autorisation ou modifiées... Les SMS d’insultes font aussi partie du cyber-harcèlement. Sans oublier les phénomènes de happy slapping où la victime est frappée et filmée à l'aide d'un téléphone portable, la vidéo étant ensuite diffusée par MMS ou sur Internet.

Le numéro vert national «net écoute» (0800 200 000) destiné aux victimes du harcèlement sur Internet est-il souvent utilisé?

L’Education nationale travaille depuis deux ans et demi avec cette plateforme qui fonctionne bien. La plupart du temps, ce sont les mères d’élèves qui l’utilisent. C’est un bon moyen d’obtenir des conseils sur la procédure à suivre pour faire cesser ces agressions.

Quelles sont les autres armes pour lutter efficacement contre ce fléau?

Tout d’abord, la prévention. Le dessin animé «Internet et pas net» diffusé dans les écoles primaires est par exemple un excellent moyen de sensibiliser les plus jeunes élèves aux méfaits du cyber-harcèlement. Mais pour être réellement efficace, la politique de prévention doit s’étaler sur plusieurs années. La formation des référents harcèlement de chaque académie et des conseillers d’éducation est aussi un moyen de diffuser la bonne parole. Car il y a encore trop d’établissements où le cyber-harcèlement est nié. Or, il est indispensable que la victime et ses parents soient bien accueillis pour éviter les drames que l’on a connus cette année.

Quand le harcèlement pousse les ados au suicide. Des cas récents dans la vidéo ci-dessous.