«Le collège est plus serein depuis la mise en place de la médiation entre élèves»

Delphine Bancaud
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Aïmen, élève de troisième et médiateur au collège madame de Sevigné de Gagny.
Aïmen, élève de troisième et médiateur au collège madame de Sevigné de Gagny. — V. WARTNER / 20 MINUTES

C’est l’heure de la récréation au collège Madame-de-Sévigné de Gagny (Seine-Saint-Denis). Dans la cour, des petits groupes d’élèves discutent dans une ambiance bon enfant. Difficile de croire que l’établissement a connu des heures chaudes il y a quelques années: «Des conflits inter-cités éclataient aux abords du collège et dans la cour surgissaient parfois des bagarres qui nécessitaient l’intervention de plusieurs surveillants pour séparer les élèves», se souvient Evelyne Delfau, principale du collège.

Bien décidée à agir sur ce climat pesant, l’équipe pédagogique a mis en place en 2011 un système de médiation entre élèves pour prévenir les violences et le harcèlement scolaire. Après avoir été formés aux techniques de médiation, des enseignants les ont ensuite transmises à des élèves: «La première et la deuxième année, nous en avons formé 10 et cette année nous en formeront 13», explique Bénédicte Testa, enseignante et formatrice.

Des médiateurs de tous profils

Des élèves aux profils volontairement différents: «On a sélectionné des bons élèves, des moins bons, des timides et des remuants, afin qu’ils  soient complémentaires», explique Evelyne Delfau. Chacun s’appuie aussi sur sa propre histoire pour résoudre les conflits: «J’ai été moi-même victime de harcèlement à l’école. Ca me permet de mieux aider ceux qui le subissent», confie ainsi Matisse, élève de 4e. De son coté, Aïmen, élève de 3e, se sert de son passé d’élève difficile pour mieux désamorcer les conflits. «Une fois, deux camarades s’insultaient car l’un refusait de rendre son bonnet à l’autre. Je suis intervenu à temps avant que la bagarre n’éclate», raconte-t-il.

«Parfois les élèves se clashent sur facebook. Il y a aussi beaucoup de conflits qui naissent de moqueries sur le physique, d’affaires de cœur ou de simples croche-pieds dans la cour», observe Yoann, médiateur et élève de 4e. «Et si on n’intervient pas à temps, ce sont les autres élèves qui enveniment la situation en incitant les protagonistes à se battre», souligne, Marvin médiateur en classe de 4e. Du coup, les médiateurs sont toujours en alerte: «Dans la cour, j’ai des antennes pour capter les conflits qui peuvent surgir entre les élèves», explique ainsi Matisse.

Un travail de proximité qui fonctionne

Pour les résoudre, les médiateurs mettent en œuvre les techniques qu’ils ont apprises. «Après avoir écouté les diverses versions des protagonistes, on reformule leur problème et on recherche une solution gagnant-gagnant», explique Marvin. Une démarche pas toujours évidente, d’autant qu’il faut rester impartial. «Certains élèves pensent que le médiateur est un délateur. Alors que l’on s’engage à ce que tout ce qu’ils nous disent reste confidentiel», témoigne Aïmen. Mais chaque querelle résolue est une manière pour lui de démontrer ses talents de démineur de conflit.

Un travail de proximité dont les bénéfices se font déjà ressentir sur le climat de l’établissement, comme le constate Evelyne Delfau: «Le collège est plus serein depuis que la mise en place de la médiation entre élèves. Et le nombre de sanctions ou de conseils de disciplines pour violences a beaucoup diminué». «La barrière de la parole a disparu. Les élèves osent désormais parler de leurs difficultés», constate de son coté Bénédicte Testa. Les médiateurs récoltent aussi les fruits de ce dispositif qui les valorise et les fait mûrir: «Grâce à la médiation, j’ai pris confiance en moi», confie Matisse, qui n’est désormais plus la risée de ses camarades. Quant à Aïmen, son passé de bagarreur semble désormais bien derrière lui: «En 6 eme, je n’avais pas peur de me battre. Mais  grâce à la médiation, j’ai compris qu’on pouvait résoudre les conflits par la parole. Je ne réagis plus au quart de tour», avoue-t-il. Quant à Marvin il a tout simplement l’impression «d’être utile».