Le gouvernement lance une nouvelle campagne contre le harcèlement scolaire

EDUCATION Le harcèlement touche un enfant sur dix à l'école primaire...

20 Minutes avec AFP
— 
  									Illustration du harcèlement entre enfants et adolescents à l'école.
Illustration du harcèlement entre enfants et adolescents à l'école. — DURAND FLORENCE/SIPA

Humiliations  quotidiennes, isolement, terreur des petites victimes,  voire dépression:  le gouvernement lance mardi une nouvelle campagne  contre le harcèlement  scolaire. Touchant environ un enfant sur dix en  primaire et au collège,  le harcèlement peut aller du vol de goûter ou  des moqueries aux  insultes, brimades ou menaces, jusqu'aux coups, au  racket ou aux  violences sexuelles.

Quand le harcèlement mène au suicide



Le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon va en  fait  relancer mardi la campagne «Agir contre le harcèlement à l'école»  mise  en place en 2012 pour combattre ce phénomène via Internet et la   télévision. Il peut s'appuyer désormais sur la nouvelle délégation   ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les   violences en milieu scolaire qu'il a créée pour «briser le silence» et   trouver des solutions.

Aurélie raconte le harcèlement au quotidien au collège

D'abord moquée, puis menacée et agressée physiquement  lorsqu'elle  était en quatrième, Aurélie, aujourd'hui âgée de 22 ans, a  été victime  de ce harcèlement scolaire. Cas typique de ce harcèlement, Aurélie se  remémore avoir été  «la victime idéale»: «En cinquième, j'étais une  gamine très épanouie,  joyeuse, toujours avec mes copines. Mais en  quatrième, je me suis  retrouvée toute seule.»

Dès le premier jour d'école, dans son collège près de Moulins   (Allier), quatre garçons se moquent d'elle, alors qu'elle attend devant   la classe: «Tu as vu ta coupe de cheveux?», ou encore «tu as vu ton   nez?». «Je n'ai pas trop répondu, car je ne savais pas quoi dire. Ma   mère me disait de les ignorer», explique Aurélie. Mais les collégiens   continuent avec des surnoms «de plus en plus humiliants» et toujours des   réflexions sur le physique: «T'es grosse!», «tu ressembles à rien!».

Deux mois après la rentrée, le harcèlement devient physique,  d'abord  avec un croche-pied en plein cours, puis des bousculades. «Ils  ont  commencé à me pousser dans les escaliers, à me déséquilibrer en  tirant  mon cartable ou à me donner des coups d'épaule pour que je me  prenne le  mur», raconte Aurélie.

Aucune sanction

«Ils me tiraient aussi les cheveux, m'envoyaient des morceaux  de  gomme en classe, donnaient des coups de ciseaux dans mes vêtements  ou  écrivaient sur mon cartable», ajoute-t-elle. Ses résultats scolaires  sont bons, mais elle est «terrifiée» à  l'idée d'aller au collège. «Je  vomissais tous les matins, mon corps  tremblait entièrement. C'était  comme aller à l'abattoir», se rappelle  Aurélie, alors victime de  pelade.

En décembre, elle consulte un pédopsychiatre --elle le verra  pendant  un an et demi-- qui lui diagnostique «une dépression sévère». Quand  elle prend les choses en main, sa mère se retrouve  confrontée à  l'attentisme du collège. «Le proviseur a dit qu'il ne  pouvait rien  faire parce que ces enfants avaient des difficultés  familiales,  contrairement à moi», assure Aurélie. Des professeurs la soutiennent,  sans rien faire de plus que  de la garder en classe pendant la  récréation ou recadrer régulièrement  ses agresseurs.

La mutation de son père et le changement d'établissement qui   s'ensuit mettent fin au cauchemar. Mais, au final, aucune sanction n'a   été prise, «pas même une heure de colle», regrette encore aujourd'hui   cette étudiante en droit, qui tient un blog sur le harcèlement  scolaire. «Ca reste à vie», dit Aurélie, évoquant ses cicatrices,  toujours visibles sur ses avant-bras.

Lutte contre le cyberharcèlement

Pendant deux ans, elle s'est mutilée avec un cutter: «C'était  un  moyen d'évacuer ce qui se passait et de me réapproprier mon corps.  Ca  ne durait que quelques secondes, mais quelques secondes où j'étais   bien.»

La campagne gouvernementale comporte un volet de lutte contre  le  cyberharcèlement, qui peut pendre la forme d'insultes, moqueries,  mais  aussi propagation de rumeurs, piratage de comptes et usurpation   d'identité digitale, publication de photos ou de vidéos de la victime en   mauvaise posture.