Viols collectifs de Fontenay-sous-Bois: La suite du procès à huis clos

William Molinié

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Nina,  reconnue victime de viols dans l'affaire dite des tournantes de Fontenay-sous-Bois, dénonce une «injustice»
Nina,  reconnue victime de viols dans l'affaire dite des tournantes de Fontenay-sous-Bois, dénonce une «injustice» — Capture vidéo/Dailymotion

Une tentative de suicide, la pression des associations féministes, des victimes affaiblies, dix acquittements sur quatorze accusés… Le procès en appel des viols collectifs de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qui s’ouvre ce mardi devant la cour d’assises des mineurs de l’Essonne, connaîtra-t-il le même scénario qu’en première instance?

Selon Europe 1, une des deux plaignantes, Aurélie, se retire du procès. Elle ne sera pas présente ce mardi au tribunal et elle ne souhaite plus se constituer partie civile. Le procès se tiendra finalement à huis clos.

«Travestissement de l’audience»

Après le verdict de première instance, un avocat de la défense avait réclamé que l’audience en appel soit publique. Il mettait en évidence un «fossé entre la réalité des débats du premier procès et la perception qu’en a eue l’opinion publique». «Il y a un tel travestissement de l'audience que nous, conseils, souhaitons des débats publics», avait indiqué Philippe Gény-Santoni, l’avocat d’un accusé acquitté avant d’être renvoyé en appel.

Ce premier procès, qui s’était tenu à Créteil, avait fait monter au créneau plusieurs associations féministes. Sans pouvoir assister aux débats, elles s’étaient émues d’un verdict «trop clément», la cour d’assises ne reconnaissant que les viols en réunion commis sur Nina, 29 ans, entre 1999 et 2001 dans les cités de Fontenay-sous-Bois. Les quatre hommes poursuivis pour ces faits sur l’autre plaignante, Aurélie, 28 ans, ont été acquittés.

«Naufrage judiciaire»

Ce premier procès avait été éprouvant pour les deux femmes, estimant passer du rang de victimes à celui de menteuses. Nina sortait régulièrement de la salle d’audience en pleurs, face aux accusés qui niaient en bloc. Aurélie, elle, avait été hospitalisée une dizaine de jours après une tentative de suicide. Une avocate avait alors évoqué un «naufrage judiciaire».

«Les conditions de la levée de la publicité restreinte sont strictes», rappelle un magistrat d’Evry, contacté par 20 Minutes. «Il faut d’abord que les accusés, dont sept d’entre eux étaient mineurs au moment des faits, soient tous impérativement d’accord. Mais il faut aussi que les parties civiles ne réclament pas [le huis clos]», précise-t-il.

«Incertitude»

Or, à l’époque, Nina ne souhaitait pas que l’audience soit publique. «On fait en sorte qu'elle essaie de pouvoir se confronter au vécu du procès dans les meilleures conditions. En première instance, c'était très lourd pour elle», a rappelé son avocat, Léon-Lef Forster. Quant à Aurélie, l’autre partie civile qui n’a pas été reconnue comme victime au premier procès, elle «s’interroge encore sur sa présence», selon son entourage, qui met en avant sa volonté de «se protéger».

«A ce jour [lundi], on est véritablement dans l’incertitude sur cette question de la publicité ou non des débats», conclut une source judiciaire proche du dossier qui reconnaît que «la décision de la cour aura sans doute des conséquences sur la suite du procès».