Débat autour des vaccins pour prévenir des cancers

SANTE Certains vaccins protégeant de cancers au cœur de polémiques après des plaintes pour effets secondaires graves...

20 Minutes avec AFP
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Le Gardasil est indiqué pour la prévention du cancer du col de l'utérus.
Le Gardasil est indiqué pour la prévention du cancer du col de l'utérus. — F. DURAND / SIPA

L'utilisation de  vaccins protègeant des papillomavirus, pour  prévenir de cancers comme  celui du col de l'utérus ou de la gorge,  depuis longtemps contestée,  fait encore débat après des plaintes pour  «effets secondaires graves»  qui restent difficiles à étayer. Les experts s'inquiètent du discrédit jeté sur la  vaccination,  tandis que d'autres, comme Me Jean-Christophe Coubris à  l'origine d'une  plainte au pénal contre le vaccin Gardasil, assure qu'il  y a des  «effets secondaires gravissimes et totalement niés par  l'industriel et  les autorités de santé».

Vaccins recommandés dès 11 ans

Les vaccins Gardasil (Sanofi Pasteur MSD/Merck USA) et  Cervarix  (GSK), d'introduction relativement récente (respectivement 2006  et 2008  en France), sont recommandés par les autorités sanitaires en  France  chez les filles dès l'âge de 11 ans dans le cadre de la  prévention des  cancers génitaux féminins (cancer du col associé au  dépistage, cancer  de la vulve et du vagin). Comme pour tout nouveau  vaccin, ils font  l'objet d'un suivi à la fois pour traquer leurs  éventuels effets  indésirables et pour mesurer leur efficacité à long  terme.

Outre ce suivi renforcé, une enquête épidémiologique sur la   fréquence d'apparition de maladies auto-immunes, dont la sclérose en   plaques (SEP), est conduite par l'agence du médicament ANSM, chez près   de 2 millions de jeunes filles nées entre 1992 et 1996, vaccinées   (600.000) ou non (1,17 million). «Cette étude montre, qu'après un suivi de trois ans, la  survenue de  SEP ou de maladies auto-immunes n'est pas plus fréquente  chez les  jeunes filles vaccinées (30%) que chez les jeunes filles non   vaccinées», déclare à l'AFP Nicolas Ferry de l'ANSM.

Il n'y a pas non plus, au niveau international,  d'augmentation de  l'incidence des maladies auto-immunes, ni plus  particulièrement de SEP  après une vaccination par Gardasil, ajoute-t-il. Fin mai 2013, plus de 127 millions de doses de Gardasil ont  été  distribués dans le monde dont 5 millions en France, selon l'ANSM.

435 effets indésirables du Gardasil

Depuis la mise sur le marché du Gardasil en France, 435  effets  indésirables graves ont été rapportés, dont 135 cas de maladies   auto-immunes, parmi lesquels 15 cas de SEP, selon l'ANSM. La SEP n'est pas une maladie rare. 70.000 à 90.000 personnes  en sont  atteintes en France. L'incidence (c'est-à-dire le nombre de  nouveaux  cas par an) est de 4,1 à 8,2 cas pour 100.000 habitants.

 Une vaccination conseillée aux garçons

Aux Etats-Unis, la vaccination (Gardasil) est même conseillée  aux  garçons contre le cancer de la gorge, du pénis, de l'anus et aussi  pour  réduire la propagation des HPV, virus sexuellement transmissibles. Par ailleurs, des études ont montré la progression de cancers  de la  gorge dus à ce type de virus, chez des individus non fumeurs non   buveurs d'alcool.

Après une première plainte au pénal, d'autres plaintes sont   annoncées alléguant aussi «d'effets secondaires graves», tandis que   diverses demandes d'indemnisation ont déjà été faites auprès des   commissions de conciliation et d'indemnisations des accidents médicaux. Représentant Marie-Océane, Me Coubris fait un lien entre la   vaccination avec le Gardasil et la survenue d'une maladie neurologique,   une sclérose en plaques (SEP) ou une encéphalomyélite aiguë disséminée.

«Chaque jour, trois femmes meurent du cancer de l'utérus en  France»

«Le fait qu'il y ait une plainte ne prouve pas qu'il y ait un   problème», a affirmé lundi le professeur Daniel Floret, président du   comité technique des vaccinations du Haut conseil de la santé publique.   Il déplore que l'«on monte en épingle des effets pervers éventuels (en   oubliant) ce qu'apporte le vaccin». «Chaque jour, trois femmes meurent du cancer de l'utérus en  France»,   déclare à l'AFP Nicolas Ferry pour qui «la vaccination reste   recommandée».

Les frottis réguliers suffisants?

«Le frottis, c'est du dépistage, pour détecter des cellules  déjà  anormales, il ne protège pas contre l'infection virale comme le   vaccin», lance-t-il à l'adresse de ceux, dont des médecins, qui pensent   que le frottis régulier suffirait à éviter de tels décès. Quand au risque de l'adjuvant aluminium, qui sert à doper  l'effet de  nombreux vaccins, il relève qu'il est utilisé depuis 80 ans  et que la  cohorte des vaccinés dépasse les 3 milliards de gens dans le  monde.