Stéphane Clerget: «La colonie de vacances reste un lieu majeur pour apprendre à vivre ensemble»

INTERVIEW Le pédopsychiatre revient sur les bénéfices de ces séjours en collectivité pour les enfants...

Propos recueillis par Claire Planchard

— 

Colonie de vacance à la plage.
Colonie de vacance à la plage. — GILE/SIPA

Relancer les colonies de vacances. C’est l’objectif de la ministre de la Jeunesse et des Sports. Alors qu’un quart des 5-19 ans ne partent jamais en vacances et que seuls 7,5% d’entre eux sont partis en séjours collectifs de plus de cinq nuits en 2011, contre 14% en 1995, Valérie Fourneyron a annoncé ce lundi dans un communiqué le lancement d’une  mission «chargée de définir le cadre des colos de demain». Au menu : réduction des coûts, mixité sociale et projet éducatif. A l’occasion de cette annonce, le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Le pédopsy de poche (Marabout, avril 2013) décrypte les bénéfices que les enfants peuvent tirer de ce type de séjours.

Partir en colonie, est-ce une expérience bénéfique pour les enfants ?

D’une façon générale, oui plutôt. Les objectifs sanitaires et physiques qui lui avaient été assignés au XIXe siècle – profiter d’un air pur, exercer une activité physique, manger équilibré et se reposer- sont toujours assez d’actualité et répondent bien aux besoins des enfants aujourd’hui: les villes sont toujours plus polluées, les performances physiques des enfants régressent, leur alimentation est trop riche en sucre et en gras et ils dorment 1h30 de moins que dans les années 60 ! Toutefois, j’insiste aussi sur les avantages psychologiques et affectifs des séjours en colonie: cela favorise l’autonomie surtout pour des enfants qui demanderaient à leur mère de les vêtir ou de ranger leurs affaires. La colonie permet d’apprendre à gérer ses propres affaites avec le soutien des personnels encadrants. C'est bon aussi pour l'estime de soi:Certains enfants qui sont le mauvais objet à l’école, pourront aussi se restaurer dans l’estime d’eux-mêmes en étant valorisés et investis positivement par les éducateurs dans des activités physiques ou ludiques. Enfin la séparation d'avec les parents est aussi souvent bénéfique pour les parents eux-mêmes, individuellement mais aussi pour le couple.

A partir de quel âge les enfants peuvent-ils partir en colonie ?

Pour des enfants en âge d’aller à l’école maternelle,c’est possible mais entre 4 et 6 ans cela doit être limité à des séjours très courts d’une semaine maximum. A partir de l’école primaire, on peut envisager des séjours de 10-15 jours maximum. Tout dépendra s’ils sont habitués à être séparés de leurs parents. Si ils sont déjà partis un mois chez leurs grands-parents alors ils pourront tenir le coup 15 jours en colonie.

Augmenter la mixité sociale des colonies est-il bénéfique pour les enfants ?

Oui, et cela d’autant plus qu’avec la carte scolaire, l’école est de moins en moins mixte socialement et que les classes moyennes délaissent aussi les crèches devenues trop chères ou inaccessibles. La mixité sociale en vacances cela favorise le bien vivre ensemble futur. Et c’est intéressant pour tout le monde, pas seulement pour les moins favorisés. Les plus favorisés pourront voir des enfants plus débrouillards ou plus à l’aise dans des activités collectives. A l’école, en dehors des temps de classe, l' encadrement se limite trop souvent à de la surveillance. En colonie, au contraire, on apprend à jouer sans violence à respecter les règles de la vie sociale à travers de jeux de société ou des jeux sportifs, alors que l’enfant est trop souvent seul devant ses jeux vidéos. Et on apprend aussi à respecter les différences sociales et culturelles.