Mariages forcés: «Je voulais être libre de choisir mon mari moi-même»

Faustine Vincent
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La famille de Fatou (un nom d'emprunt), une jeune Malienne, a voulu l'obliger à se marier lorsqu'elle avait 13 ans. Paris le 20 novembre 2013.
La famille de Fatou (un nom d'emprunt), une jeune Malienne, a voulu l'obliger à se marier lorsqu'elle avait 13 ans. Paris le 20 novembre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Fatou* avait 13 ans lorsque sa famille lui a choisi un mari. C’était le père de sa meilleure amie. L’homme vivait en France et avait l’habitude d’envoyer beaucoup d’argent au Mali, où vivait l’adolescente. Il avait dit à sa famille son souhait de la prendre pour femme. La nouvelle a été accueillie avec enthousiasme. «Ma famille disait : ‘’tu as trouvé un bon mari ! Tu vas être à l’abri du besoin’’. Tout le monde était content, raconte la jeune femme. A aucun moment, quelqu’un ne m’a demandé si j’avais envie de me marier avec lui. Je me souviens parfaitement du moment où j’ai dit à ma mère que je ne voulais pas. Elle m’a giflée. Elle n’avait jamais levé la main sur moi auparavant. J’ai compris à ce moment là que je n’avais pas le choix».

Sa mère devient dure à son égard. Son beau-père, pressé de la voir quitter le foyer, est ravi. Sa meilleure amie s’éloigne peu à peu. L’adolescente ne pourra compter que sur le soutien de son oncle, qui tente de raisonner le futur mari lors de son séjour au pays. En vain. Le prétendant ramène ce qui permet de conclure le mariage: des noix de cola, qui symbolisent l’événement à venir, et la dot. De son côté, la famille commence à acheter les cadeaux de mariage. La veille des noces, l’oncle de Fatou la fait venir chez lui sous un faux prétexte et parvient à lui faire quitter le pays. Il a payé un passeur et lui a fourni de faux papiers.

«Un jour j’espère que ma mère changera d’avis»

La jeune fille atterrit en France, chez une cousine. Et retrouve les mêmes pressions qu’elle subissait au Mali. «Ma cousine me répétait qu’il fallait que je me marie. Je n’avais pas de papiers. Je faisais le ménage et je m’occupais de ses enfants. J’aurais aimé aller à l’école, mais je ne pouvais pas m’échapper.» Sa cousine a fini par la mettre dehors. Hébergée chez une tante, le scénario se répète à nouveau: elle s’occupe des enfants, fait le ménage, et se voit proposer plusieurs fois des maris. Elle part chez une autre tante, en région parisienne. Cette fois, malgré les pressions familiales, Fatou parvient à suivre des cours d’alphabétisation dans le quartier. Des éducateurs l’orientent vers une association spécialisée dans l’accompagnement des victimes des mariages forcés. Un an plus tard, Fatou obtient sa carte de séjour.

Elle n’a plus jamais entendu parler de l’homme à qui sa famille la promettait. Redoute-t-elle de le recroiser en France? «Non. Ici, de toute façon, il ne peut rien me faire», assure-t-elle. Dans sa famille, c’est la seule à s’être révoltée contre le mariage forcé. «Je voulais être libre de choisir mon mari moi-même, pour tomber amoureuse et faire des enfants», explique la jeune femme.

Aujourd’hui, elle n’a presque plus aucun lien avec ses proches. La rupture avec sa mère  a été difficile à vivre. «Au début je l’appelais, mais elle m’insultait. Les dernières fois, j’appelais juste pour entendre le son de sa voix, et dès que j’entendais ‘’allo’’, je raccrochais. Mais aujourd’hui, je m’en fiche, dit-elle. J’ai grandi.» La jeune femme a refait sa vie. «J’ai un appartement, des amis et un travail dans le social. Un jour j’espère que ma mère changera d’avis. Quand j’aurai trouvé un homme que j’aime».

Fatou n’a que 25 ans, mais redoute parfois d’être déjà trop vieille pour trouver un mari. «Au Mali, on est conditionnées! On te dit qu’il faut te marier à 16 ou 17 ans. Ça reste dans la tête. Alors parfois j’ai peur d’avoir dépassé la date.» Mais elle a aujourd’hui ce dont sa famille l’avait privée: le choix, et du temps devant elle.

*(le prénom a été changé)