Tireur de Paris»: L'arrestation d'Abdelhakim Dekhar en questions

JUSTICE Les analyses ADN ont confirmé que l'homme interpellé mercredi était bien le tireur présumé, selon Manuel Valls...

P.B.

— 

Abdelhakim Dekhar.
Abdelhakim Dekhar. — CAPTURE D'ECRAN YOUTUBE

Tout le monde respire un peu mieux. Lors d'une conférence de presse nocturne au 36, quai des orfèvres, jeudi, le ministre de l'Intérieur a félicité le travail des enquêteurs après l'interpellation d'Abdelhakim Dekhar, mercredi soir, dans un parking sous-terrain de Bois-Colombes, dans les Hauts-de-Seine. L'homme de 48 ans se trouvait dans un état «de semi-inconscience» après une apparente tentative de suicide mais devrait s'en tirer. Selon les résultats des analyses ADN, il s'agit bien du tireur présumé de Libération, a confirmé Manuel Valls. Retour sur l'arrestation de l'homme le plus recherché de France, qui a refait surface pour des raisons encore obscures, 15 ans après sa condamnation à quatre ans de prison dans l'affaire Rey-Maupin.

Comment sait-on que Dekhar est bien le tireur présumé?

Son ADN a parlé. Selon le directeur de la PJ, Christian Flaesch, il a fallu moins de cinq heures au labo de la police scientifique pour confirmer que des traces d'ADN retrouvées au siège de BFM et sur des balles à Libération appartenaient bien à Dekhar, arrêté mercredi à 19h00.

 

Dans quel état se trouve le suspect?

Il a été arrêté dans un état «de semi-inconscience», a dit Manuel Valls. Selon lui, «tout semble montrer» que Dekhar «a tenté de se suicider», a priori, aux médicaments. Il a été soigné par le Samu et n'avait pas encore parlé, à 2h du matin, jeudi. Mais selon le ministre, il sera «sans doute sur pied très rapidement» pour répondre aux questions.

 

Comment a-t-il été arrêté?

Grâce au témoignage d'un homme qui l'hébergeait occasionnellement. Selon Valls, les enquêteurs avaient remonté la piste jusqu'à la ville voisine de Courbevoie en suivant le fil des images des caméras de vidéosurveillance et l'analyse d'1,2 million d'appels téléphoniques. Mais c'est finalement le témoignage d'un homme chez qui Dekhar dormait ponctuellement qui a permis de procéder à l'interpellation. Il aurait contacté la police et l'aurait désigné par son nom. Evoquant l'affaire du tireur, Abdelhakim Dekhar lui aurait dit avoir «fait une connerie», confie une source proche de l'enquête à l'AFP. Après avoir minutieusement vérifié que la voiture n'était pas piégée, les forces de l'ordre ont ensuite pu le transporter.

 

Qui est Abdelhakim Dekhar?

Son nom était tombé dans l'oubli, mais pas son rôle dans l'affaire Rey-Maupin. Dekhar était «le 3e homme» dans la virée sanglante de Florence Rey et Audry Maupin, qui avait fait cinq morts, dont trois policiers, le 4 octobre 1994 à Paris. En 1998, il avait été reconnu coupable «d'association de malfaiteurs» pour avoir acheté le fusil à pompe utilisé par le couple, et condamné à quatre ans de prison –une peine qu'il avait déjà purgée avant son procès. Troublé et énigmatique, il fréquentait les milieux anarchistes d'ultra gauche mais disait travailler pour les services secrets algériens.

 

Pourquoi n'était-il pas fiché?

Selon Valls, il ne se trouvait pas dans le fichier des empreintes génétiques car ce dernier n'existait pas à l'époque de son arrestation. D'après le ministre, Dekhar est ensuite «probablement parti à l'étranger».

 

Quelles étaient ses motivations?

On ne sait pas. Manuel Valls n'a pas voulu spéculer et précise qu'il faudra attendre que les enquêteurs l'interrogent. Selon plusieurs experts qui avaient suivi son procès, en 1998, il n'avait pas apprécié son portrait brossé par les médias et pourrait avoir voulu se venger.