Pourquoi le travail du dimanche est un débat toujours ouvert

SOCIETE La polémique sur le repos dominical revient régulièrement sur le devant de la scène. C'est le cas depuis septembre...

Mathieu Gruel

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Le magasin de bricolage Leroy Merlin de Vitry sur Seine  avait ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013 malgré l'interdiction judiciaire.
Le magasin de bricolage Leroy Merlin de Vitry sur Seine avait ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013 malgré l'interdiction judiciaire. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Dimanche chômé ou dimanche bossé? «Il y a des périodes ou ce débat ressurgit», remarque Danièle Linhart, sociologue et directrice de recherches CNRS. Ce mercredi -et alors que le rapport Bailly, consacré à ce dossier sensible, est attendu sou peu- c'est la Chambre de commerce et de l'Industrie de Paris-ile-de-France, qui a d'ailleurs jugé positive une «libéralisation maîtrisée de l'ouverture dominicale».

Comme l'a précisé à 20 Minutes son président, Pierre-Antoine Gailly, «nous voulons passer à un système où c'est permis. Pas dire "vous devez", mais "vous pouvez", en rappelant l'impératif du repos hebdo».

Instauré en 1906

Car depuis septembre, le choix des enseignes de bricolage Leroy Merlin et Castorama de braver l'interdiction d'ouvrir le dimanche, a notamment débouché sur une action judiciaire de leur concurrent Bricorama, qui doit être examinée ce vendredi. De quoi remettre la question du repos dominical, instauré en France en 1906, sur le devant de la scène. Un retour de hype également «lié à la «loi Maillé» de 2009, qui a voulu moderniser le texte existant», explique Jean Dionnot-Enkiri, membre du collectif des amis du dimanche (CAD).

En créant notamment des périmètres d'usage de consommation exceptionnel (PUCE), «qui ont rendu légales des pratiques qui ne l'étaient pas», détaille le membre du collectif, cette loi a «apporté de la confusion et aiguisé les appétits, notamment ceux de la grande distribution».

Les grandes enseignes se sont donc engouffrées dans la brèche, «en faisant tout pour avoir de nouvelles dérogations», indique Jean Dionnot-Enkiri. Et pour y parvenir, «elles mettent en avant la création d'emplois, notamment pour les étudiants. Or cela ne sera pas le cas», estime le membre du collectif.

«Une vieille idée»

La CCI de Paris Île-de-France indiquait pourtant, ce mercredi, que l'ouverture dominicale serait «porteuse d'un supplément de 0,4% de PIB, de 15.000 emplois en Île-de-France et 50.000 emplois en France. En fait, estime Danièle Linhart, «pour faire évoluer les lois en la matière, il y a une volonté à s'appuyer sur certains travailleurs précaires ou étudiants, qui ont accepté de s'enrôler».

Ce qui serait en jeu, selon elle, «c'est la légitimité du monde économique à remodeler la société», en disant notamment que l'ouverture du dimanche «ça arrange tout le monde». Une «vieille idée», défendue par «un discours nouveau», basé sur des termes de guerre économique, de crise, «qui imposent de coloniser le temps encore disponible», précise la sociologue. Quitte à «faire passer le salarié français pour rétrograde et ne voulant pas s'adapter».

Créer du lien social

Or, cette «logique dévastatrice de la consommation» est «très dangereuse, car elle est sans fin», estime-t-elle, pointant une forme de schizophrénie, «entre le plaisir du consommateur et la douleur du travailleur».

Car «il y aura toujours quelqu’un pour vouloir acheter des clous à 2h du matin», appuie Jean Dionnot-Enkiri. En fait, «la question est de se demander si l'humain est simplement quelqu'un qui produit et qui consomme, ou s'il ne peut pas aussi échanger, discuter...» appuie le membre du CAD. Pour lui pas de doute: «Il faut qu'il y ait un jour de repos commun, pour créer du lien social». Et poursuivre le débat.