Quand les grands-parents souffrent de ne pas voir leurs petits-enfants

Maud Pierron

— 

Illustration de personnes âgées sur un banc.
Illustration de personnes âgées sur un banc. — GILE MICHEL / SIPA

Après le baby-boom, le papy-boom!  La France compte de plus en plus de grands-parents. En 2011, selon le dernier recensement de l’Insee, il y en avait 15,1 millions, soit 2,5 millions de plus qu’en 1999. «Le rôle des grands-parents est majeur mais la prise de conscience n’est pas à la hauteur», explique-t-on au cabinet de Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie, qui organise ce mardi un colloque dédié au rôle des grands-parents.

>> Lire ici l'interview du sociologue François de Singly sur la relation grands-parents/petits-enfants

Et pourtant, la génération des baby-boomers, qui jouit de l’allongement de l’espérance de vie, de la retraite à 60 ans,  et de pensions correctes, joue un rôle charnière. Elle assume à la fois le rôle de soutien pour leurs propres parents et s’implique activement auprès de ses petits-enfants. «Les âgés consacrent 23 millions d’heures par an à leurs petits-enfants, c’est autant que les assistantes maternelles», note-t-on au cabinet de la ministre. «Les grands-parents sont plus en forme qu’avant, plus disponibles. Les parents les sollicitent davantage pour garder les petits-enfants, les emmener en vacances et ils trouvent cela normal», témoigne Eliette Joubert, ex-vice-présidente de l’Ecole des grands-parents européens (EGPE) , qui co-organise le colloque. «L’un des premiers conseils qu’on donne aux grands-parents, c’est d’apprendre à dire non, sans rentrer en conflit», ajoute cette sémillante grand-mère de cinq petits-enfants, toujours bénévole. Car c’est bien là que se noue parfois le problème, et que le «chantage» intervient sur le mode: «Si tu veux voir ton petit-fils, garde-le samedi soir».

Evacuer la question de la dette que les uns devraient aux autres

L’EGPE a d’ailleurs un atelier consacré aux manipulations affectives et psychologiques.  «Ce sont soit des cas de rivalités entre générations, où l’on disqualifie l’autre, soit de jeux de pouvoir, qui amène à priver les grands-parents de leurs petits-enfants», liste Aliette de Panafieu, la psychologue en charge de cet atelier.  Globalement, explique-t-elle, «il faut travailler sur l’idée de dette: il y a l’idée que l’enfant ou le grand-parent doit quelque chose à l’autre et réciproquement. Or, personne ne doit rien, il faut faire le deuil de cette pensée.»

Eliette Joubert, elle, voit régulièrement des cas de «grands-parents en souffrance», «rejetés»,  pour de multiples raisons: un divorce, un deuil, ou parce qu’ils sont «tenus responsables d’une séparation», ou qu’«une brouille dégénère», souvent dans des cas de «grands-parents trop invasifs». Parfois, c’est aussi l’enfant, à l’adolescence qui ne veut plus voir un grand-parent. Là encore, dans ce cas, il est démuni. «Souvent le comportement des parents déteint sur les enfants. Si les grands-parents sont toujours critiqués, alors les enfants peuvent ne plus vouloir les voir», témoigne Aliette de Panafieu.

C’est le phénomène d’aliénation grand-parentale. Or, le grand-parent n’a aucun statut au regard de la loi. D’après le ministère, cela concerne 2.600 cas par an sans que cela aille jusqu’à la plainte. Là encore, l’école des grands-parents européens est très active car c’est elle qui prend en charge la majeure partie des médiations entre toutes les parties, lorsqu’elles sont ordonnées par la justice. L’association de 500 bénévoles ouvre aussi une ligne téléphonique* dédiée tous les matins pour venir en aide aux personnes qui subissent cette situation. «On observe que la relation grands-parents enfants est cruciale, car si elle est bonne, alors la relation des grands-parents avec les petits-enfants sera bonne», conseille Eliette Joubert. «C’est inévitable d’avoir des conflits dans une famille, mais il faut surtout que cela ne tourne pas au bras de fer», résume Aliette de Panafieu.

 

*Du lundi au vendredi, de 9h à 12 h, au 01 45 44 34 93.

Encadré. Les conseils pour une bonne relation grand-parent/petit-enfant:
- Il faut savoir s’adapter aux monde des petits-enfants, rester ouvert
- Il faut savoir parfois dire non et se garder du temps pour soi, s’investir en dehors de la famille pour se garder une place dans la société.
- Construire un lien d’amour dès la petite enfance et accepter à l’adolescence que ce lien changera. Il faut accepter de ne plus occuper la même place que lorsque l’enfant est petit, car il se construit au fur et à mesure et s’ouvre au monde.