«Un des charmes de la relation grands-parents/petits-enfants, c’est qu’elle maintient dans le monde des jeunes»

Propos recueillis par Maud Pierron

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François de Singly le 24 janvier 2013, lors d'une convention sur la famille organisée par l'UMP. 
François de Singly le 24 janvier 2013, lors d'une convention sur la famille organisée par l'UMP.  — G. BAPTISTE / 20 Minutes

Ce mardi, le ministère aux Personnes âgées et à l'autonomie et l'Ecole des grands-parents européens organisent un colloque sur le rôle des grands-parents, afin de mieux en cerner les enjeux«Le rôle des grands-parents est majeur mais la prise de conscience n’est pas à la hauteur», explique-t-on au cabinet de Michèle Delaunay, la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie. Le sociologue François de Singly, professeur de sociologie à l'Université Paris Descartes, livre quelques pistes à 20 Minutes.

Entre grands-parents et petits-enfants, l’essentiel, c’est la transmission?
C’est en tout cas la représentation traditionnelle de cette relation. Mais cette représentation ne colle pas à la réalité car la transmission verticale n’est qu’un élément de cette relation. Car ni les enfants ni les grands-parents ne souhaitent être cantonnés dans la transmission, qui les ancre dans le monde de la vieillesse. Un des charmes de cette relation, pour les grands-parents, c’est qu’elle les maintient dans le monde des jeunes, car elle nécessite de s’adapter. Et dans une société qui favorise le fait de rajeunir, les plus âgés ont autant à apprendre des jeunes que les jeunes ont à apprendre d'eux.

Comment définir cette relation?
Pour les grands-parents, c'est important de savoir comment vit la société actuelle. Pour les petits-enfants, c’est important d’apprendre à vivre inter-générationnellement. C’est l’apprentissage du temps commun dans la vie sociale. C'est central dans la famille et dans la société. Etablir une bonne relation demande du travail aux grands-parents, il faut trouver des points communs, où tout le monde se retrouve. On peut résumer cette relation par les repas. Il y a le repas de famille guindé, où l’enfant apprend des grands-parents les rites, c’est la transmission. Il y a le repas au fast-food, où tout est inversé, quand l’enfant apprend à son grand-père comment manger, c’est l’adaptabilité. Enfin, il y a le repas à la bonne franquette, où chacun choisit un peu ses plats, c’est être ensemble, le partage.

Aujourd’hui, les grands-parents sont très sollicités par leurs enfants pour les baby-sitting ou les vacances, c’est positif?
Un bon parent aujourd’hui veut être parent, mais pas que, ils veulent avoir leur monde aussi. Donc, ils sollicitent les grands-parents. Mais les grands-parents ne veulent pas non plus être que des grands-parents. C'est pour cela qu’il y a parfois des tensions, que des grands-parents refusent un baby-sitting car c’est l’heure du cours de gym. Ce n’est pas de l’égoïsme, c’est qu’une personne âgée ne peut pas être grand-parent à 100%, même si c’est la représentation traditionnelle que l’on en a.

Ça parait évident, mais les grands-parents ont le droit d’être des personnes. Comme les femmes, dont la vie était auparavant tournée «au service de», leur rôle a évolué. Aujourd’hui, une mère qui travaille n’est pas une mauvaise mère. Merci aux trente ans de lutte! C'est pareil pour les grands-parents. Ce n'est pas parce qu’un grand-parent voit moins son petit-enfant que la relation est moins bonne. Une bonne relation, c'est lorsque les deux se respectent. J'encourage les grands-parents à être autre chose que grands parents, à avoir d’autres activités pour être dans la société.