Meurtre du petit Valentin: Ses assassins sont-ils fous?

JUSTICE La responsabilité pénale des deux accusés est au centre des débats qui s'ouvrent ce mardi en appel...

avec AFP

— 

Photo d'archives prise le 5 décembre 2011 montrant la mère du petit Valentin, Véronique Cremault (2eG), au tribunal de Bourg-en-Bresse, au premier jour du procès devant les assises de l'Ain de Stéphane Moitoiret et de Noëlla Hégo.
Photo d'archives prise le 5 décembre 2011 montrant la mère du petit Valentin, Véronique Cremault (2eG), au tribunal de Bourg-en-Bresse, au premier jour du procès devant les assises de l'Ain de Stéphane Moitoiret et de Noëlla Hégo. — Jean-Philippe Ksiazek AFP

Le procès en appel de Stéphane Moitoiret, condamné fin 2011 à la perpétuité pour avoir tué de 44 coups de couteau un garçonnet dans l'Ain, avec la complicité de sa compagne d'alors, s'ouvre ce mardi devant les assises du Rhône. La responsabilité pénale des accusés sera au centre des débats.

Aujourd'hui âgé de 44 ans, Moitoiret avait été reconnu coupable par la cour d'assises de l'Ain de l'assassinat de Valentin Crémault, âgé de 10 ans, qui faisait du vélo dans une rue de Lagnieu (Ain) le soir du 29 juillet 2008.

De dix ans son aînée, Noëlla Hégo avait écopé de 18 ans de réclusion pour «complicité d'assassinat avec actes de barbarie». Muré dans le déni, ce couple de marginaux avait fait appel du verdict.

Une tentative d'enlèvement

Ils seront aussi rejugés pour la «tentative d'enlèvement» d'un autre Valentin, âgé lui de cinq ans, en août 2006 dans la Vienne, en qui ils voyaient «l'élu qui devait changer le monde».

Le meurtre barbare de Valentin Crémault avait suscité une très vive émotion en France, dans la torpeur de l'été. Rapidement, les enquêteurs s'étaient orientés vers ce couple de marginaux, hébergés la nuit du drame à la cure du village de Saint-Sorlin, près de Lagnieu.

Une trace de sang retrouvée lors d'une perquisition révélait, outre l'ADN de Moitoiret, celui de l'enfant prélevé sur la scène de crime.

«L'incarnation de Dieu sur Terre»

La diffusion de leur portrait-robot permettait d'interpeller les suspects le 3 août 2008 au Cheylard, en Ardèche. Se présentant comme des «pèlerins australiens chargés d'une mission divine», le couple, souvent qualifié d'«illuminé», errait depuis 25 ans en France et en Italie.

En première instance, Noëlla Hégo qui se considère comme «l'incarnation de Dieu sur Terre», avait assuré que Moitoiret était «possédé» et que la nuit du drame, après une dispute, il était rentré avec du sang sur ses vêtements et des coupures aux mains, avouant avoir tué l'enfant. Ce qu'il nie depuis, attribuant le meurtre à un «clone».

Le procès avait donné lieu à une bataille d'experts psychiatres, ceux-ci se déchirant sur la santé mentale des accusés et leur responsabilité pénale.

«Deux grands dingues dignes de l'asile dans une cour d'assises»

«C'est la première fois de ma vie que je vois deux grands dingues dignes de l'asile dans une cour d'assises», avait lancé le Dr Paul Bensussan, expert près de la Cour de cassation, pour qui Moitoiret est un «grand schizophrène», dont le contrôle des actes était aboli au moment des faits.

Si les dix experts qui ont examiné Moitoiret s'accordent sur sa «psychose», seuls quatre d'entre eux ont conclu à une «abolition totale de son discernement», empêchant toute condamnation. Pour les six autres, il s'agit seulement d'une «altération du discernement», ce qui le rend accessible à une sanction pénale.

Les experts ont par ailleurs estimé que Noëlla Hégo, qui se faisait appeler «Sa Majesté», exerçait une domination sur son compagnon et que sa responsabilité pénale n'était pas altérée.

Verdict le 22 novembre

«On a condamné à perpétuité un handicapé mental, dont quatre psychiatres de renom avaient considéré que son discernement était totalement aboli au moment des faits», avait déploré après le verdict Me Hubert Delarue, l'un des conseils de Moitoiret.

«Nous attendons de ce nouveau procès que soit reconnue l'abolition de son discernement pour qu'il échappe à la justice pénale et soit pris en charge médicalement», a-t-il déclaré à l'AFP avant l'audience d'appel.

«On espère arriver à convaincre dans un climat et un contexte différents», a-t-il ajouté, précisant qu'il ferait témoigner le psychiatre qui le suit depuis cinq ans, le Dr Frédéric Meunier.

Ecroué à Lyon-Corbas, Moitoiret est toujours sous traitement neuroleptique, mais «semble beaucoup plus présent qu'à Bourg-en Bresse où il était totalement absent», a-t-il dit.

Le verdict est attendu le 22 novembre.