Sages-femmes: «Nous demandons juste la régularisation de notre statut»

SANTÉ ne première réunion sur la revalorisation de ce statut se tiendra le 19 novembre, et une réunion sur la revalorisation financière du métier doit avoir lieu mercredi...

Bérénice Dubuc
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Les sages-femmes en grève manifestent à Paris, le 7 novembre 2013.
Les sages-femmes en grève manifestent à Paris, le 7 novembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Depuis le 16 octobre, Anne, comme la grande majorité des quelque 23.000 sages-femmes de France, est en grève. Elle continue pourtant d’assurer la prise en charge des patientes.  «Il ne faut pas qu’elles pâtissent du mouvement», explique-t-elle. Une obligation déontologique qui n'a pas brouillé le message: une réunion sur la revalorisation financière de la profession pour les  sages-femmes exerçant à l'hôpital doit avoir lieu mercredi, et la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé vendredi qu’une première réunion sur la revalorisation de leur statut se tiendrait le 19 novembre.

Car obtenir un statut médical au lieu d'être assimilées au personnel hospitalier non médical est l’un des objectifs des grévistes. «Notre profession est médicale», martèle Anne, détaillant les cinq années d’études, dont une première année de médecine générale obligatoire, où les sages-femmes sont comme les autres étudiants en médecine soumises au numerus clausus.

«A l’hôpital, nous réalisons 80% des accouchements»

Les sages-femmes sont en effet compétentes dans le suivi de grossesse physiologique-les grossesses pathologiques restant à la charge des obstétriciens-, donnent des cours de préparation à la naissance, prennent en charge l'accouchement, et jouent un rôle médical et psychologique important par la suite. «Nous avons les compétences pour effectuer le suivi gynécologique de l’adolescence à la ménopause des femmes qui ne présentent pas de pathologie, rappelle Anne, mais nous manquons totalement de visibilité. La preuve: nombre de parturientes nous demandent encore quand va arriver l’obstétricien. Or, à l’hôpital, nous réalisons 80% des accouchements, sans aucune intervention d’un médecin!»

Ces compétences élargies devraient, selon elles, également leur permettre d’être considérées comme «praticien de premier recours», soit le professionnel de référence pour le suivi gynécologique des femmes qui ne présentent pas de pathologie. «Ce statut existe déjà pour les sages-femmes en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou encore en Nouvelle-Zélande. Et des études, comme celle de l'ONG Cochrane, ont montré que les sages-femmes de premier recours permettent de réduire la mortalité maternelle, fœtale et néonatale», indique Anne, soulignant que ce système permettrait en outre à l’Etat d’économiser de l’argent, comme l’a indiqué la Cour des comptes, et de pallier la raréfaction annoncée des gynécologues de ville.

«Nous avons déjà le droit de pratiquer, toutes les compétences pour le faire, ainsi que la responsabilité pénale: en cas de plainte devant la justice, nous sommes responsables au même titre qu’un médecin. Nous demandons juste la régularisation de notre statut.» Un statut qui leur permettrait aussi d'être mieux rémunérées. «Une sage-femme débutante gagne aujourd’hui 1.600 euros net par mois. En fin de carrière, on est à moins de 3.000 euros par mois. Vu les compétences et les responsabilités, c’est dérisoire.» Pour sa part, Anne, qui était infirmière, a refait cinq ans d’études pour devenir sage-femme. «Aujourd’hui, je gagne en moyenne 50 euros de plus par mois, alors que j’ai clairement plus de responsabilités.»