Les Bretons parlent des Bonnets rouges: «On préfère prendre nos dispositions avant de finir comme la Lorraine»

VOTRE AVIS Les internautes bretons de «20 Minutes» soutiennent-ils le mouvement des Bonnets rouges?...

Christine Laemmel

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SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Coiffés d’un bonnet rouge Armor Lux, des milliers de Français agitent l’Ouest depuis près de quinze jours. Point commun, ils sont «bretons». De naissance, de cœur ou de par leur lieu d’habitation. Et ils revendiquent, leur droit de «vivre, travailler et décider en Bretagne». Qui sont ces Bretons qui parlent au nom de toute une région? Et qui sont ces autres Bretons, qui n’appuient pas la mobilisation? Nous avons interrogé les internautes de 20 Minutes.

«Des anti-mariage gay, des militants Lutte Ouvrière, des personnes avec des drapeaux bretons.» Et la liste est encore longue. Quand Nicolas, internaute Breton de 37 ans, essaie de décrire les participants de la manifestation des Bonnets rouges à Quimper le 2 novembre, il ne s’arrête plus, s’emmêle, puis finit par dire: «On est tous pour que la Bretagne ait plus de pouvoir de décision.» Oubliée l’écotaxe? «Un prétexte» balaie Jérémy, de Saint-Brieuc. 

«J’espère que d’autres régions identitaires se mêleront à nous»

A les écouter, l’enjeu est la fierté bretonne. «Je pense que la Bretagne n’est pas une priorité pour la France», lâche Nicolas. Cet enseignant ne le cache pas, à terme il est pour l’indépendance de sa région. Dans l’immédiat, «une décentralisation très forte» suffirait, pour «traiter directement avec Bruxelles».

«Samedi, un vent de CELIB planait sur Quimper», se souvient-il. CELIB, ou Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons, du nom de l’organisation lancée en 1950 pour assurer le développement économique et l’identité de la Bretagne d’après-guerre. Du gouvernement, il n’attend «pas grand-chose», alors autant décider par soi-même.

«On préfère prendre nos dispositions avant de finir comme la Lorraine ou le Nord.» Abattoir Gad dans le Finistère, PSA Rennes, volaillers Doux et Tilly-Sabco, Alcatel-Lucent Rennes, «on prend claque sur claque», nous dit Jérémy. Comme une action préventive, les Bonnets rouges se rassembleraient donc, pour «allumer la mèche» d’une rébellion nationale, annonce Jérémy qui «espère que d’autres régions identitaires se mêleront à [eux]».

«Les ouvriers n'ont rien à faire dans ce mouvement»

La «fierté bretonne», Philippe la glisse tout de suite en préambule, avant de contredire son compatriote. «Je suis totalement contre ce mouvement qui veut continuer à vivre dans un modèle à bout de souffle», écrit-il. «Surproduction», «pollution par les nitrates», cet internaute accuse le modèle breton. Quant à l’écotaxe, «il n'est pas anormal de faire payer ceux qui détériorent le plus les routes», selon Philippe.

A ses yeux, les rangs des manifestations ne donnent guère de crédit, au mouvement des Bonnets rouges. «Medef local, la FNSEA, les lobbys agro-alimentaire et de la grande distribution ainsi que les indépendantistes bretons, égraine-t-il, les ouvriers n'ont rien à faire dans ce mouvement.» Un autre internaute ironise dans les commentaires: «Qu'une manif d’employés se termine à la Préfecture, c'est normal», là, «il fallait aller à la chambre de commerce». Selon Philippe, les «indépendantistes profitent du mouvement pour avoir une visibilité médiatique». Pour arriver finalement à «un amalgame très disparate avec des intérêts totalement divergents, c’est peut-être cela le plus inquiétant». 

«Notre combat n’est pas compris», rétorque Nicolas. «Une usine qui ferme, c’est dramatique pour tout le monde.» Au point de détruire et incendier des bornes écotaxe? «C’est un peu triste mais ça ne me choque pas du tout», assume-t-il. Depuis les affrontements de Pont-de-Buis, il assure que le nombre de manifestants a augmenté. «Les Bonnets rouges ont compris que sans clash, il n’y aura pas d’avancée.»