Paris: La directrice de l'AP-HP évincée au profit de Martin Hirsch

Jérôme Comin

— 

Martin Hirsch, fondateur du RSA, actuel président de l'agence nationale du service civique.
Martin Hirsch, fondateur du RSA, actuel président de l'agence nationale du service civique. — JS EVRARD/SIPA

Un traitement de choc pour l’AP-HP? Martin Hirsch, père du RSA et ancien membre du gouvernement Sarkozy, va devenir le patron des hôpitaux parisiens, le gouvernement ayant finalement décidé d'évincer Mireille Faugère, très controversée pour sa restructuration de l'Hôtel-Dieu. Elle avait été nommée directrice générale en septembre 2010, sur fond de tensions autour d'un plan stratégique visant à atteindre l'équilibre financier en 2012. Un objectif qu'elle avait finalement repoussé à 2015 en raison du contexte économique «tendu».

Un enjeu municipal

Son éviction, réclamée par une partie des syndicats et par les opposants à la restructuration de l'Hôtel-Dieu, était évoquée depuis plusieurs semaines. Car le passage de Mireille Faugère à l'AP-HP restera surtout marqué par la mise en oeuvre du projet de transformation de l'Hôtel-Dieu, hôpital historique situé au cœur de Paris, dont la rénovation était jugée trop coûteuse. Ce projet prévoit de faire de l'établissement parisien un centre de recherche et d'enseignement, sans lits d'hospitalisation, accueillant également le siège de l'AP-HP.

Son départ intervient en pleine polémique sur cette fermeture controversée, devenue un enjeu électoral à quelques mois des municipales. «Bertrand Delanoë [maire de Paris] et Anne Hidalgo [la candidate PS qui brigue sa succession], surtout Anne Hidalgo car ça engage l'avenir, ont considéré que Mireille Faugère n'était plus la personne appropriée pour gérer ce dossier, a réagi ce mercredi la Ville de Paris. Elle les a pris au dépourvu, en ce sens que toutes les décisions prises par le gouvernement n'étaient pas suivies d'effet (...) On ne peut pas découvrir dans la presse des changements de calendrier, ça n'est pas tenable.»

«Ça ne résout rien»

Christophe Prudhomme (CGT), l'un des opposants à la restructuration, décrit de son côté un dialogue social «de niveau zéro», évoquant le «mépris hautain» de Mireille Faugère à l'égard de ses interlocuteurs. Et s’il accueille la venue de Martin Hirsch «sans a priori», il regrette toutefois que ce changement intervienne après la date butoir du 4 novembre, à laquelle le service des urgences devaient fermer.

Pour Bernard Granger, membre de la commission médicale d'établissement (CME), Mireille Faugère «est un fusible » car «il fallait un bouc-émissaire à cette mélasse de l'Hôtel-Dieu. Mais l'ennui, c'est que ça ne résout rien.» «Nous sommes encore dans des eaux agitées par rapport à l'Hôtel-Dieu, je ne suis pas sûr qu'on les calme de cette manière, a déclaré en écho Loïc Capron, président de la CME), favorable à la fermeture des urgences pour des raisons sanitaires. Franchement, je ne vois pas ce que ça apporte.»