Transports: «On a l’impression d’être tiré vers le bas», tance Jean-Paul Huchon

Oihana Gabriel
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Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Ile-de-France, le 5 novembre 2013.
Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d'Ile-de-France, le 5 novembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Jean-Paul Huchon n’a pas sorti son bonnet vert pendant l’interview mais risque de se fâcher tout rouge ce mercredi. Alors que les opérateurs des transports en commun d’Ile-de-France sont auditionnés le matin par le conseil de Stif Syndicat des transports d’Ile-de-France), le président (PS) de la région a confié à 20 Minutes son agacement face aux retards répétés malgré les crédits dépensés… mais aussi vis-à-vis du gouvernement qui souhaite augmenter la TVA sur les transports.

Vous avez convoqué la RATP et la SNCF pour un bilan annuel, qu’est-ce qui a changé dans les transports cette année pour les Franciliens?

Il y a beaucoup de nouveaux services cette année: prolongation des lignes de métro 12 et 4, automatisation de la ligne 1, des tramways en plus. Nous allons d’ailleurs mettre en route le T7 en Essonne, un axe structurant pour le sud de l’Ile-de-France et plus de trains sur le RER B nord. On remarque aussi des améliorations sur la fiabilité, la propreté, l’information aux voyageurs. Et pourtant, je le dis honnêtement, nous ne sommes pas satisfaits.

Quels sont les sujets de mécontentement?

C’est d’abord la ponctualité. Il y a une différence profonde entre les résultats à la SNCF et à la RATP. Pour les métros, à l’exception de la 13 et de la 4, la ponctualité s’améliore. Pour la SNCF, je suis beaucoup plus critique. Ma plus grande préoccupation va sur les RER et notamment la D. Cinq des huit lignes de Transilien présentent des résultats moins bons qu’en 2012 sur la ponctualité. Une dégradation d’autant plus difficile à comprendre qu’on a mis beaucoup d’argent dans les transports publics.

Sur le RER B tronçon nord vous annonciez il y a un mois un train toutes les trois minutes en heure de pointe. Pourtant, il y a encore eu la semaine dernière des gens sur la voie…

Depuis deux mois, cette ligne fonctionne mieux, les usagers nous le disent. Mais on a l’impression d’être tiré vers le bas par des incidents qui résultent d’une faiblesse d’exploitation. Il faut aussi tenir compte de lignes trop longues et ramifiées et d’un réseau saturé.

Malgré le système de bonus-malus, la ponctualité n’est toujours pas au rendez-vous…

En 2013, le malus a été lourd, 6 millions d’euros pour la RATP et 11 millions pour la SNCF. Au vu du bilan, celui de 2014 ne sera pas inférieur… Il faut garder un équilibre entre exigence des usagers et les possibilités des entreprises et de leurs salariés, dans un secteur sensible sur le plan social

Que prévoyez-vous pour améliorer la situation des transports publics ces prochains mois?

Nous avons trois pistes. Rénover la signalisation, ça peut paraître aberrant mais sur les lignes de RER partagées par la SNCF et la RATP [RER A, B et D], la signalisation diffère. Mieux informer les voyageurs, et je remarque que sur ce point, la SNCF a fait un effort de réactivité. Enfin, il faut changer la culture cheminote pour faire plus attention au voyageur. Guillaume Pépy semble viser une qualité de service comparable dans les RER à celle des TGV. Plus globalement, mener le Grand Paris Express, qui désaturera le réseau existant en même temps que le plan de mobilisation est fondamental. 

Vous avez demandé que la hausse de la TVA de 7% à 10% sur les transports publics soit abandonnée…

Cette hausse de la TVA est handicapante pour l’amélioration des transports. Or, c’est un produit de première nécessité, comme le pain ou le lait. Cette décision n’est pas raisonnable à un moment où le gouvernement veut développer les transports. Si je ne veux pas que les tarifs augmentent en janvier 2014 [entre 2 et 3,5% selon les derniers chiffres], on sera obligés de freiner les dépenses. Et donc je reporter, par exemple, l’amélioration des bus.