Urgences de L’Hôtel-Dieu: «S'il y a un problème, il ne faudra pas accuser les médecins»

Mathieu Gruel

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Manifestation du personnel hospitalier des urgences de l'Hôtel-Dieu à Paris, le 4 novembre 2013.
Manifestation du personnel hospitalier des urgences de l'Hôtel-Dieu à Paris, le 4 novembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«C'est le début de l'agonie.» Lundi matin devant l'Hôtel-Dieu (4e arrondissement de Paris), le médecin urgentiste Gérald Kierzek est amer. Dans la nuit, les pompiers ont amené leurs derniers patients au service des urgences. Désormais, «ils ont ordre de les conduire vers d'autres centres hospitaliers».

En l'occurrence la Lariboisière (10e), Saint-Louis (10e), Saint-Antoine (12e), La Pitié Salpêtrière (13e) et Cochin (14e). Car à l'Hôtel-Dieu, «depuis ce matin, il y a des vigiles à l'entrée... qui est cadenassée», appuie Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

«Aggravation de la mortalité»

Hier matin, l'Usap CGT, la CGT et le comité de soutien de l'Hôtel-Dieu, auxquels s'étaient joints Danielle Simonnet du Parti de gauche, Ian Brossat  du Parti communiste français et Christophe Najdovski d’Europe Ecologie-Les Verts, ont dénoncé lors d'une conférence de presse ce pas de plus vers la fermeture. Qui pourrait être celui de trop, a souligné le médecin urgentiste Gérald Kierzek, n'hésitant pas à pointer un risque d'«aggravation de la mortalité».

En pointe dans ce combat contre la fermeture, il met en avant «l'asphyxie épouvantable» dont feraient déjà preuve les établissements chargés d'accueillir les quelque 120.000 patients soignés à l'Hôtel-Dieu chaque année, entre les urgences médico-chirurgicales, médico-judiciares ou ophtalmologiques, selon les chiffres avancés par le médecin.

Taux d’occupation supérieur à 120%

Un site à usage interne, permettant de quantifier le taux d’occupation des établissements, auquel 20 Minutes a pu accéder, rapportait en effet ce lundi à 16h30 un taux d'occupation supérieur à 120% pour onze des treize hôpitaux chargés d'assurer les urgences sur Paris. «J’ai des collègues urgentistes au téléphone régulièrement. Ils ne savent plus où mettre les malades», confirmait Patrick Pelloux.

Contacté par 20 Minutes, le service communication de l’hôpital Lariboisière indiquait pourtant «ne pas avoir constaté plus d'embouteillage que d'habitude devant les urgences». Quant à l'Agence régionale de santé, elle rappelait que ces établissements avaient vu «leur personnel renforcé», indiquant également, dans un communiqué publié hier, que «l'accueil des urgences est maintenu à l'Hôtel-Dieu, conformément aux engagements pris par la ministre des Affaires sociales et de la Santé», Marisol Touraine.

«Un double discours», faisait remarquer Guillaume Gandoin, membre de l'unité de soutien de l'Hôtel-Dieu. Selon lui, s'il y a encore du personnel pour «assurer la prise en charge», des pressions seraient dans le même temps «exercées sur les personnels pour partir ailleurs». Ailleurs, où la situation serait donc tendue. «Des collègues de Lariboisière me disent: on n’en peut plus», raconte l'infirmier urgentiste, qui plaide pour un moratoire sur le dossier.

«Le dossier n’est pas plié»

Car la situation est «réversible», estime Gérald Kierzek, qui dit attendre «que les pouvoirs publics fassent leur boulot» dans ce dossier. Dans l'entourage du Maire de Paris, on assure également que «le dossier n'est pas plié».  Un «groupe de travail va continuer à se réunir», indique-t-on, pour «poser les questions dans le bon ordre» et «étudier les deux projets actuellement en débat».

Pour l’heure, les urgences de cet hôpital doivent être transformées en centre de consultation ouvert 24H/24 et sept jours sur sept, pour accueillir des patients venus par leurs propres moyens. «Un  projet ubuesque et kafkaïen», balaye Patrick Pelloux.

Et dans une zone qui accueille 20 millions de touristes chaque année, le  président de l'Amuf prévient: «S'il y a un problème, il ne faudra pas accuser les médecins. Il faudra mettre en examen ceux qui ont proposé cette fermeture».