Les opposants à la fermeture de l'Hôtel-Dieu ne désarment pas

SANTE Les urgentistes craignent une saturation des urgences à Paris...

avec AFP

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Des banderoles devant l'Hotel Dieu à Paris, le 3 septembre 2013.
Des banderoles devant l'Hotel Dieu à Paris, le 3 septembre 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les opposants à la fermeture des urgences de l'Hôtel-Dieu, prévue ce lundi, ne désarment pas et ont lancé un appel aux responsables politiques pour sauver ce service, où les pompiers ont transporté leur dernier patient.

«Ce qu'on voudrait dire à François Hollande, Marisol Touraine (ministre de la Santé), Bertrand Delanoë (maire de Paris) et Anne Hidalgo (candidate PS à la mairie de Paris), c'est que si vous laissez mourir les urgences de l'Hôtel-Dieu, vous allez aggraver la saturation des urgences à Paris», a lancé l'urgentiste Gérald Kierziek, fer de lance de l'opposition, lors d'une conférence de presse.

Devenues un enjeu électoral à quelques mois des municipales, les urgences de cet hôpital historique de Paris doivent être remplacées par un centre de consultation ouvert 24H/24 et sept jours sur sept qui accueillera les patients venus par leurs propres moyens. Les autres patients, habituellement transportés par les pompiers ou les ambulances, seront orientés vers d'autres établissements parisiens.

«L'accueil des patients en urgence est maintenu à l'Hôtel-Dieu», assure l'ARS (Agence régionale de santé) Ile-de-France dans un communiqué. «Conformément aux engagements pris par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, l'Hôtel-Dieu continue et continuera d'accueillir les patients qui s'y présentent en urgence 24h/24, 7j/7», ajoute-t-elle.

Plus de 40.000 patients fréquentent ces urgences chaque année

La fermeture des urgences avait été annoncée pour le 4 novembre mais en juillet, Marisol Touraine s'était prononcée pour un report, afin de ne «prendre aucun risque sur la prise en charge des urgences à Paris au début de l'hiver prochain». Depuis, les opposants à cette fermeture accusent la direction de l'AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris) de passer outre l'injonction ministérielle.

«C'est aujourd'hui la date de fermeture des urgences de l'Hôtel-Dieu, ce qu'on constate c'est qu'elles sont en train d'agoniser» car «aujourd'hui, 4 novembre, la dernière caserne de pompiers a amené le dernier patient», a ainsi expliqué Gérald Kierziek.«Les autres hôpitaux ne pourront pas faire face à cet afflux de patients», a poursuivi l'urgentiste, alors que l'Hôtel-Dieu «rayonne sur neuf arrondissements», dans une zone accueillant «20 millions de touristes» par an.

En cas d'accident, «s'il y a des mises en examen, il faudra que les responsables soient mis en examen», a prévenu de son côté Patrick Pelloux, président de l'Amuf.

Militants CGT, médecins et élus (EELV, NPA, Front de gauche) s'étaient installés devant l'entrée de l'Hôtel-Dieu où des affichettes ont été disposées, sur lesquelles on pouvait lire «Madame Touraine, c'est oui ou non pour les urgences» ou «Madame Hidalgo, c'est oui ou non pour les urgences».Plus de 40.000 patients fréquentent chaque année ces urgences.

Bientôt le siège de l'AP-HP

Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, a dénoncé «un scandale sanitaire et démocratique».

«Il y a la parole des élus (de la mairie de Paris) qui demandent un moratoire, d'une ministre qui s'est engagée à ce qu'il n'y ait pas de fermeture dans les temps» et une direction qui «viole» cette parole: «soit Mireille Faugère (directrice de l'AP-HP) respecte la parole des élus et de la ministre, soit elle s'en va», a-t-il ajouté.

Dimanche, Bertrand Delanoë a prévenu qu'il ne «validerait aucune forme de démantèlement» des urgences. De son côté, Anne Hidalgo avait estimé en septembre que cette fermeture n'était «pas possible en l'état actuel des choses».

Bientôt un centre d'enseignement et de recherche

Une dizaine de personnes patientaient dans le hall des urgences lundi matin, a constaté une journaliste de l'AFP. «Ca se passe comme hier, et comme avant-hier. L'activité continue avec les médecins urgentistes qui continuent à accueillir des malades», a indiqué à l'AFP Jean-Yves Fagon, responsable du projet médical pour l'Hôtel-Dieu. «La seule différence, c'est que les pompiers ne viennent plus à l'Hôtel-Dieu»: «Si on se présente ici, on est pris en charge par des équipes médicales et par des équipes paramédicales, des infirmiers et des aide-soignants. Si le patient a besoin d'un geste chirurgical, d'un geste d'investigation complexe, il est transféré à Cochin ou vers un autre hôpital», a-t-il détaillé.

La fermeture des urgences s'inscrit dans un projet plus global qui prévoit de transformer l'Hôtel-Dieu en centre d'enseignement et de recherche, sans lits d'hospitalisation.

L'établissement, dont la rénovation est jugée trop coûteuse, doit également accueillir le siège de l'AP-HP. A Lyon et Marseille, l'Hôtel-Dieu a été reconverti en complexe hôtelier de luxe.