Vers une monnaie locale francilienne?

Oihana Gabriel

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Illustration d'une version non définitive de la monnaie locale de Montreuil, la pêche.
Illustration d'une version non définitive de la monnaie locale de Montreuil, la pêche. — Montreuil en transition

«Faites la pêche, pas la guerre!» Voilà un slogan qui pourrait prêter à sourire. Mais qui a des chances de figurer sur des billets de banque. Un clin d’œil cocasse pour un «projet sérieux», promet Bastien Yverneau, membre du collectif Montreuil en transition à l’origine de la naissance de la première monnaie locale en Ile-de-France.

Ce sont les habitants eux-mêmes, lors d’un concours, qui ont préféré la pêche, en référence au fruit symbole deMontreuil (Seine-Saint-Denis), à la «liesse» et à «l’épi». Un nom qui se prête aux jeux de mots. Le collectif a d’ailleurs lancé un concours de blagues. Six boutades suggérées par les internautes («La pêche donne la banane», «soyez pas poire, ayez la pêche») seront inscrites sur les billets de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 pêches en taille 1, visibles à la loupe donc. «C’est une des sécurités pour ces nouveaux billets», détaille Bastien.

Mise en circulation le 30 novembre

A partir du 30 novembre, les volontaires pourront payer leur baguette ou même les services d’un électricien avec des pêches à Montreuil. D’ici là, Montreuil en transition, qui a monté un site dédié à ce projet participatif, dépensera l’aide de 50.000 euros accordée par le conseil régional pour imprimer ses 70.000 billets… et expliquer leur intérêt. Et pour que les billets soient reconnaissables de loin, la pêche abandonnera son teint orangé pour reprendre le code couleur des euros ainsi que leur valeur. «Le but, c’est d’encourager l’économie réelle en opposition aux paradis fiscaux et l’économie locale en réponse à la mondialisation et au gaspillage d’énergie», résume Bastien. Une proposition originale apparemment soutenue par les élus de la ville. Le 21 novembre, le conseil municipal devrait soutenir financièrement l’initiative citoyenne «à l’unanimité», croit savoir Bastien.

Pour le moment, une trentaine de commerces et d’entreprises ont signé une convention pour entrer dans ce réseau financier alternatif. Une taille minimum pour proposer un choix important. Mais le collectif espère un effet boule de neige. «Le problème de la monnaie locale, c’est qu’elle reste très abstraite avant son lancement, reconnaît Bastien. Mais ce n’est pas un projet délirant. Il en existe une vingtaine aujourd’hui en France.» Qui n’ont pas toutes fonctionné, faute de clients adeptes de cette nouvelle monnaie utilisable uniquement dans certains commerces.

Une future monnaie régionale?

Mais cette nouvelle devise garde la pêche et espère s’exporter au-delà des frontières de Montreuil. Mardi soir, le collectif viendra faire un petit cours d’économie locale aux intéressés, pas forcément Montreuillois. Certains commerçants et entrepreneurs qui participent à ce circuit pêchu habitent dans des villes limitrophes et souhaiteront à leur tour dépenser leurs pêches lors de leurs achats.

«A la dernière réunion d’information, au moins la moitié du public n’était pas de Montreuil. On a déjà des contacts avec Sucy-en-Brie, Malakoff, Paris 14e, qui pourraient adopter cette monnaie locale», assure Bastien. On a été sollicité plus rapidement que prévu… Mais plus il y a de personnes qui utiliseront la pêche, mieux ce sera! Pour nous, c’est à terme une monnaie régionale!»