Bretagne: Les «bonnets rouges», un mouvement multi-casquettes

SOCIAL Leurs représentants seront reçus cette semaine à Matignon après la manifestation mouvementée organisée samedi à Quimper...

Claire Planchard

— 

Manifestation des «bonnets rouges» contre l'écotaxe et pour la defense de l'emploi en Bretagne à Quimper le 2 novembre 2013.
Manifestation des «bonnets rouges» contre l'écotaxe et pour la defense de l'emploi en Bretagne à Quimper le 2 novembre 2013. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Leur signe de ralliement saute aux yeux, leur message un peu moins. Samedi, les «bonnets rouges» le mouvement de contestation né il y a dix jours en référence à une révolte antifiscale datant du XVIIe siècle pour combattre l’écotaxe en Bretagne, ont rassemblé 15.000 à 30.000 personnes dans les rues de Quimper. Parmi eux, des paysans, des pêcheurs, des ouvriers licenciés de Gad ou de Doux, des artisans-commerçants, mais aussi des groupuscules d'extrême droite et des indépendantistes d'extrême gauche. Et au-dessus de leurs couvre-chef rouge Armor Lux, des pancartes aux slogans disparates, comme  «stop au sadisme fiscal», « Flamby démission»  ou «travailler chez nous». 

«Travailler et vivre dans notre région»

En effet, loin de se contenter de la suspension de l’écotaxe annoncée par le gouvernement, le mouvement entend ratisser large. L’un de ses instigateurs et porte-parole, Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, s’affichait dès vendredi au micro de  Breizh-info  en représentant «de tous ces ouvriers, ces entrepreneurs, ces paysans, qui en ont ras le bol d’un système qui ressemble de plus en plus aux anciennes dictatures de l’Europe de l’Est».

«L’écotaxe a été le révélateur d’un ras-le-bol général qui montait depuis des années et a fait exploser la marmite, c’est pour cela que le mouvement peut paraître un peu hétéroclite. Mais nous voulons tous la même chose avec des différences selon nos corporations : travailler et vivre dans notre région», relativisait dimanche Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne, tout en minimisant  les «0,01%» d’extrémistes qui ont causé des incidents samedi en marge de la manifestation. Ou qui, à l’instar du Front national, tentent de récupérer le mouvement sur les réseaux sociaux.

Pour cet agriculteur, le succès des «bonnets rouges» tient avant tout à «la culture de solidarité bretonne», une «région qui s’est construite en se saignant» et où agriculture et industrie agroalimentaire sont indissociables. Mais le mouvement «pourrait s’étendre au niveau national» en l’absence de réponse politique. 

Réunion à Matignon

«Ce que les agriculteurs demandent ce sont des mesures concrètes et peu financières: il faut faire confiance aux acteurs économiques locaux et leur donner la liberté d’entreprendre, et notamment le droit d’expérimentation. Et on a bien vu samedi que d’autres professions sont sur la même longueur d’onde», renchérissait André Sergent, le président de la Chambre d’agriculture du Finistère.

Des revendications que les organisateurs de la manifestation de Quimper entendent porter dès cette semaine à Matignon, où Jean-Marc Ayrault les a conviés «à se retrouver» autour du «Pacte d'avenir pour la Bretagne». «Nous comptons nous rendre à cette réunion et on va avoir énormément de propositions à faire», a déclaré à l'AFP Christian Troadec, maire DVG de Carhaix (Finistère) et porte-parole du comité organisateur de la manifestation.  «Il y a le feu, on ne met pas autant de gens dans la rue par hasard», a-t-il ajouté.