Bretagne: Entre 15.000 et 30.000 manifestants se sont rassemblés samedi

SOCIAL Cette mobilisation était organisé sur fond de fronde anti-écotaxe et de climat social tendu en Bretagne...

avec AFP

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Les manifestants breton anti écotaxe se sont rassemblés devant la préfecture à Quimper samedi 2 novembre 2013.
Les manifestants breton anti écotaxe se sont rassemblés devant la préfecture à Quimper samedi 2 novembre 2013. — FRED TANNEAU / AFP

Une démonstration de force. La manifestation de Quimper contre l'écotaxe et pour l'emploi en Bretagne, qui a rassemblé samedi entre 15.000 et 30.000 manifestants à bonnets rouge, a donné lieu à de violentes échauffourées qui se poursuivaient en début de soirée après que les organisateurs ont donné l'ordre de dispersion.

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«Nous avons donné l'ordre de dispersion à 17h30, comme prévu. Cette manifestation est un grand succès pour l'emploi en Bretagne», a déclaré Christian Troadec, maire DVG de Carhaix et l'un des principaux organisateurs du rassemblement. Les forces de l'ordre ont toutefois dû charger vers 18h30 pour dégager les manifestants qui se trouvaient encore sur la place de la Résistance. Deux «petits groupes» de manifestants continuaient à s'opposer aux forces de l'ordre peu avant 20h, selon la préfecture.

Portique écotaxe détruit

Trois manifestants ont été interpellés et cinq personnes (quatre manifestants et un CRS) ont été blessées, selon la préfecture. Le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, a invité «toutes les parties prenantes à se retrouver» autour du «Pacte d'avenir pour la Bretagne», après la manifestation. «Le Préfet de région prendra contact à cette fin dès lundi avec les élus et les partenaires économiques et sociaux», a indiqué le chef du gouvernement dans un communiqué.

Parallèlement aux affrontements qui ont éclaté à Quimper, un portique écotaxe a été détruit à Saint-Allouestre dans le Morbihan à la suite d'un incendie provoqué par des «bonnets rouges». En Ille-et-Vilaine, un groupe d'une centaine de personnes ont manifesté au pied d'un portique à Montauban-de-Bretagne. Un feu a été allumé, sans menacer la structure, selon la préfecture.

A Quimper, peu après 15h, un petit groupe de manifestants s'est opposé aux forces de l'ordre en leur jetant des projectiles, pierres, pavés, barres de fer, pots de chrysanthèmes et fusées de détresse. Les policiers ont répondu en faisant usage d'un canon à eau et de grenades lacrymogènes.

Plusieurs blessés

Un manifestant a été blessé au pied, a constaté une journaliste de l'AFP. De leur côté, les manifestants ont revendiqué deux blessés dans leurs rangs. Les bonnets rouges, un symbole de la lutte anti-fiscale du 17e siècle en Bretagne, ont tenté d'escalader les grilles de la préfecture et ont mis le feu à des palettes.

«On a le sentiment qu'il s'agit d'un groupe marginal par rapport au reste de la manifestation, un groupe assez dynamique et agressif qu'on ne peut pas identifier formellement mais dont les manières font penser à un groupe ultra d'extrême-droite», a expliqué à l'AFP le préfet du Finistère, Jean-Luc Videlaine,

Depuis la tribune, les organisateurs, qui revendiquent au moins 30.000 manifestants, ont lancé des appels au calme. «Les organisateurs ont demandé que le rassemblement se passe dans le calme. On condamne la violence», a répété Troadec.

A Quimper, une ville de 65.000 habitants dirigée par le maire PS Bernard Poignant, un proche de François Hollande, les manifestants se sont d'abord retrouvés place de la Résistance, sous des drapeaux bretons et diverses pancartes: «Droit au travail», «gouvernement à la con», «le Français n'est pas une vache à lait», «Flamby démission», «Bretons oui, moutons non».

La préfecture a estimé la manifestation, dont le cortège est finalement parti vers 16h45, à au moins 10.000 personnes, dans l'attente d'un comptage détaillé. Le rassemblement quimpérois n'a cependant pas fait l'unanimité: les syndicats CGT, Solidaires et FSU, ainsi que EELV et le Front de gauche appelaient à leur propre manifestation, à Carhaix (Finistère), car le rassemblement de Quimper était soutenu par plusieurs organisations patronales, dont Produit en Bretagne (300 entreprises, 100.000 salariés).

Marée de bonnets rouges

«La FDSEA et le Medef sont à l'origine de la crise bretonne. Ils instrumentalisent la taxe poids lourd et la détresse des salariés [avec la manifestation de Quimper]», a affirmé sur place le secrétaire national de EELV, Pascal Durand. «A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres», avait pour sa part lancé en début de journée Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche.

Agriculteurs, pêcheurs, employeurs, commerçants et salariés sont pourtant venus en masse à Quimper pour le rassemblement. Dans la foule --une marée de bonnets rouges et de drapeaux bretons-- figuraient aussi des anti-capitalistes, des autonomistes, des indépendantistes et des identitaires de tous bords, sur fond de plans sociaux à répétition dans la région.

Au total, selon les organisateurs, 7.500 bonnets ont été vendus pour la manifestation, à cinq euros pièce. Avant le début du rassemblement et des violences, qui ont éclaté rapidement, Troadec avait appelé à «une manifestation dans la dignité et le calme». Le climat social s'est nettement détérioré depuis deux ans en Bretagne en raison notamment de la crise du secteur agroalimentaire et agricole, qui emploie un tiers de la population active.