Une prostituée du bois de Vincennes: «Que Najat Vallaud-Belkacem s’occupe de ses fesses»

William Molinié

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Une prostituée discute avec un client potentiel à travers la vitre de  son van, en octobre 2002 dans le bois de Vincennes (12e).
Une prostituée discute avec un client potentiel à travers la vitre de son van, en octobre 2002 dans le bois de Vincennes (12e). — MEHDI FEDOUACH / AFP

Ce jeudi matin, elle est la seule à vendre une relation sexuelle dans une camionnette stationnée avenue de Saint-Maurice, à deux pas du lac Daumesnil dans le bois de Vincennes (12e). Suzie*, une prostituée âgée de 54 ans, a entendu parler de la polémique née de la pétition «Touche pas à ma pute», en réaction à la proposition de loi visant à sanctionner d’une amende les clients et à abroger le délit de racolage public. Mais elle n’a jamais eu accès au texte.

Depuis un Smartphone connecté en 3G, elle prend connaissance des termes exacts du manifeste des 343 «salauds» . «Oui, et donc?» sourcille-t-elle, allumant une nouvelle cigarette et se servant une tasse de café tiède, assise au volant de sa camionnette. Suzie se définit comme une «pute traditionnelle». «Evidemment que mettre des amendes aux clients ne changera rien. Ça fait trente ans que je fais ce métier. Vous pensez vraiment que j’ai l’âge de bosser pour un mac?» grommelle-t-elle.

Lutter contre le proxénétisme

Elle reconnaît que «ça fait mal au cœur» de voir «les gamines de 16 ou 17 ans et leurs mecs planqués dans les sous-bois». «Ce sont aux policiers de faire leur boulot et de s’attaquer aux macs. Le problème n’est pas la prostitution mais le proxénétisme», défend-elle.

Beigbeder, Bedos, Zemmour, et les «343 salauds» signataires de la pétition? «Je comprends qu’ils pensent ainsi. Je suis même d’accord avec eux. Il est où le mal? Je ne suis pas une femme battue. Je suis libre. Je n’oblige pas le client à venir, je ne racole pas, je paie mes PV, mes impôts, s’impatiente Suzie. Quant à Najat Vallaud-Belkacem [qui a réagi vivement à ce «manifeste»], qu’elle s’occupe de ses fesses et nous laisse tranquilles. A chaque fois, c’est la même chose, le politique complique notre travail.»

«Ça nous fragilise»

La discussion est interrompue par un homme, au volant d’un camion, qui s’arrête au niveau de la fenêtre avant de la fourgonnette de Suzie. Le client, d’un signe de la main, fait mine de froisser un billet de banque entre le pouce et l’index, semblant demander le tarif. «Dégage!» tance Suzie d’un revers de la main. «Non mais! Ça ne va pas, il ne descend même pas de son camion pour me parler. Vous voyez, il faut se faire respecter. On a les clients qu’on mérite», insiste-t-elle.

Puis elle reprend: «Bref, qu’ils nous laissent tranquilles, nous et nos clients. D’ailleurs, quand ils ont voulu s’en mêler [elle fait référence à la loi sur le racolage passif de 2003], on a été obligées de changer d’endroit pour fuir la police. Ça nous fragilise. Je connais des filles qui bossaient en indépendantes et qui sont tombées à ce moment-là sous la coupe de mecs car elles n’avaient plus d’endroit où se mettre.»

«On peut toujours se faire emporter dans un engrenage. Il faut le savoir», conclut-elle.