Marie Humbert sur l’euthanasie: «A croire que François Hollande a un cœur de pierre»

Vincent Vantighem

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Marie Humbert, la mère du jeune Vincent Humbert, un jeune tétraplégique décédé en 2003, lors d'une conférence de presse avec Vincent  Léna, magistrat et président de l'association Faut qu'on s'active!,  le 18 juin 2008 à Paris.
Marie Humbert, la mère du jeune Vincent Humbert, un jeune tétraplégique décédé en 2003, lors d'une conférence de presse avec Vincent Léna, magistrat et président de l'association Faut qu'on s'active!, le 18 juin 2008 à Paris. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Elle est «trop souffrante» pour pouvoir participer au «Rassemblement pour le droit à mourir dans la dignité», prévu samedi dans toute la France. Mais Marie Humbert n’abandonne pas son combat en faveur de l’euthanasie active. Dix ans après avoir administré une dose létale de barbituriques à son fils, Vincent -devenu tétraplégique, aveugle et muet après un grave accident- la Nordiste âgée de 60 ans dénonce l’inertie du gouvernement actuel…

François Hollande avait fait de vos revendications sur l’euthanasie l’une de ses promesses de campagne

J’en attendais beaucoup. Trop peut-être. Il en a parlé plusieurs fois. On pensait être dans la bonne direction. Mais comme les autres, il manque de courage. C’est incroyable. Si une majorité de Français était contre l’euthanasie, je comprendrais ses réticences. Mais ce n’est pas le cas. A croire qu’il a un cœur de pierre.

Quelles sont les raisons de cette inertie selon vous?

La religion pose problème. Pourtant, cela fait longtemps que l’Etat et l’Eglise sont séparés. Mais une poignée d’irréductibles arrive encore à bloquer les choses. J’ai été reçu deux fois au parlement européen sur cette question. Aujourd’hui, je crois plus à une directive européenne qu’à une vraie loi française.

Le Comité consultatif national d’éthique est tout de même chargé d’organiser un débat national devant servir à la préparation d’un projet de loi…

L’Inspection Générale des Affaires Sociales, l’Observatoire de la fin de vie, le rapport Leonetti, la mission Sicard… Vous croyez qu’on n’a pas assez de rapport sur la question. Les hommes politiques se cachent derrière des conseils, des comités. La vérité, c’est qu’ils manquent de courage. Dans ce gouvernement, personne n’est honnête. C’est une hypocrisie totale.

En attendant, le docteur Bonnemaison va être, comme vous, jugé aux assises…

Là aussi, c’est une hypocrisie totale. On accuse quelqu’un d’avoir tué, on le juge aux assises pour finalement le condamner à une peine avec sursis. C’est bien que quelque chose pose problème. A l’époque de Vincent, j’avais dit que je n’avais aucun souci à aller en prison. Ils n’ont pas eu le courage de m’y envoyer là non plus...

Vous vous battez pour sa mémoire aujourd’hui?

Je me bats pour les mamans comme moi et leurs enfants. Pour que les mamans n’aient pas à faire ce que j’ai dû faire. C’est trop atroce. J’ai dû aller en Suisse chercher le produit qui a servi à tuer mon fils. Une maman est là pour mettre un enfant au monde, pas pour finir sa vie. C’est inhumain, atroce…

Vous parle-t-on encore souvent de tout ça aujourd’hui?

Je reçois encore des messages de soutiens et d’insultes. On me traite de meurtrière d’enfants. On me promet d’aller en enfer. Je suis catholique et je sais que Dieu, seul, me jugera.