Tout comprendre de l’enquête sur le suicide de l’ex-femme de Bertrand Cantat

Vincent Vantighem

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Kristina Rady au procès de Bertrand Cantat pour le meurtre de Marie Trintignant à Vilnius, en Lithuanie, le 22 mars 2004.
Kristina Rady au procès de Bertrand Cantat pour le meurtre de Marie Trintignant à Vilnius, en Lithuanie, le 22 mars 2004. — ERIC FEFERBERG / AFP

«Les raccourcis délirants me concernant sont inacceptables!» Pour le moment, voilà la seule façon dont Bertrand Cantat se défend après la réouverture de l’enquête sur la mort de Kristina Rady, son ex-femme. Sujet de toutes les critiques pour avoir causé la mort de Marie Trintignant en 2003, le chanteur de Noir Désir est aujourd’hui au cœur de des nouvelles investigations lancées sur la mort de Kristina Rady, en 2010. Si l’enquête a conclu à un suicide par pendaison, François Saubadu, l’ex-compagnon de Kristina est persuadé qu’elle a mis fin à ses jours en raison «des pressions psychologiques et physiques» exercées sur elle par Bertrand Cantat. 20 Minutes fait le point sur l’enquête alors que François Saubadu doit être entendu, à ce sujet, par la brigade criminelle de Bordeaux (Gironde) ce jeudi après-midi…

Pourquoi l’enquête a-t-elle été rouverte plus de trois ans après les faits?

C’est la publication, cet été, du livre Bertrand Cantat – Marie Trintignant, l’amour à mort qui a servi de déclencheur. Après l’avoir lu, François Saubadu, ex-compagnon de Kristina Rady, et l’avocate Yaël Mellul écrivent au parquet de Bordeaux demandant la réouverture de l’enquête pour «recherche des causes de la mort» de la jeune femme.

Spécialisée dans le combat contre les violences conjugales, Yaël Mellul confie avoir eu une «démarche citoyenne et féministe». Contacté ce mercredi par 20 Minutes, son client, François Sauvadu, résume sa pensée en une phrase: «Une femme est morte et je ne sais pas si elle s’est vraiment suicidée.»

Que sait-on du suicide de Kristina Rady?

Ancienne directrice de l’institut hongrois de Paris, traductrice et femme de lettres, Kristina Rady s’est pendue à son domicile de Bordeaux le 10 janvier 2010. Présent chez elle, Bertrand Cantat dormait au moment des faits. C’est un des enfants du couple qui a découvert le corps en rentrant chez eux.

Quels sont les éléments impliquant Bertrand Cantat?

François Saubadu et son avocate, Yaël Mellul, évoquent un «suicide forcé», expliquant que la femme, âgée de 41 ans, était la cible de «pressions psychologiques et physiques» de la part du chanteur. En guise de preuve, ils avancent un message téléphonique que Kristina a laissé à ses parents, sept mois avant de se suicider. «Ce message dure sept minutes. Quand on écoute, on entend une femme qui parle de violences physiques et psychologiques, qui explique que Bertrand Cantat a pété un plomb et surtout qu’elle lâche tout ça en guise de preuve au cas où il lui arriverait quelque chose», décrypte Yaël Mellul.

François Saubadu a également remis aux enquêteurs une lettre rédigée par la mère de Kristina Rady et qui accompagnait le fameux enregistrement téléphonique. «C’est une menace de vie, écrit-elle. Une plainte, c’était une demande de secours. (…) Il essayait de faire du chantage émotionnel et par les enfants! Il la menaçait! La menaçait de la tuer!»

Enfin, interrogé par 20 Minutes, l’ancien compagnon de la jeune femme remet en cause l’autopsie qui a été réalisée après le suicide. «Des hématomes sur le visage ont été découverts. Et on ne sait toujours pas d’où ils proviennent…»

Comment se défend Bertrand Cantat?

Dans l’interview fleuve qu’il a accordé aux Inrockuptibles, Bertrand Cantat qualifie ces accusations de «délirantes». Son avocat, Aurélien Hammelle précise, lui, que François Saubadu n’a eu qu’une «très brève relation» avec Kristina Rady et que sa démarche n’est qu’une «opération de communication indécente».

Comment réagissent les parents de la jeune femme?

Les parents hongrois de Kristina Rady se sont, eux, «désolidarisés» de la démarche de François Saubadu, évoquant «un acharnement inutile» et précisant qu’ils ne veulent pas du tout «relancer cette affaire».

Bertrand Cantat peut-il être interrogé par la police?

C’est ce que réclament François Saubadu et son avocate. Déjà entendu brièvement au moment des faits, Bertrand Cantat était ressorti «bouleversé» du poste de police. Aujourd’hui, la brigade criminelle de Bordeaux pourrait décider de le réinterroger.

Elle pourrait également entendre les proches de la jeune femme. François Saubadu a, en effet, transmis une liste de huit témoins qui, selon lui, peuvent raconter le «calvaire» que le chanteur faisait subir à sa compagne. Il y a, dans cette liste, des amis, des parents et même la nounou qui s’occupait des deux enfants du couple.