Crise en Bretagne: Des phrases et des faits

DECRYPTAGE Zoom sur plusieurs déclarations faites sur la crise en Bretagne...

Enora Ollivier

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Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, au premier rang, discute avec les forces de l'ordre, le 26 octobre 2013. 
Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère, au premier rang, discute avec les forces de l'ordre, le 26 octobre 2013.  — FRED TANNEAU / AFP

Alors que Jean-Marc Ayrault a annoncé ce mardi la suspension de l’écotaxe, la colère ne retombe pas en Bretagne. Une façon de montrer que l’emploi dans la région reste un sujet de préoccupation majeure. A quatre jours du rassemblement de samedi à Quimper (Finistère), «20 Minutes» décrypte plusieurs déclarations faites sur la crise dans la région.

«La situation est comparable à la crise de la sidérurgie en Lorraine dans les années 1980», Jean-Jacques Urvoas

Effondrement des prix, concurrence internationale…: la filière sidérurgique en Lorraine a subi une grave crise à partir de 1975. Alors que 88.000 personnes travaillaient dans ce secteur en 1962 (soit un quart de l’emploi salarié dans l’industrie lorraine et 11% de l’emploi total dans la région), elles n’étaient plus que 8.700 en 1999 (5% de l’emploi industriel, 1% de l’emploi total dans la région). En parallèle, les industries des mines de fer, des houillères et du textile avaient également plongé.

En Bretagne, la situation n’est pas exactement comparable. L’agroalimentaire représente 69.000 postes, soit un gros tiers de l’industrie bretonne, et 5,4% de l’emploi total de la région. Difficile, pour autant, de quantifier les effets de la crise sur les emplois indirects.

«Dans l’agroalimentaire breton, 20% des emplois sont menacés», Jean-Jacques Urvoas

Selon la Chambre de commerce et d’industrie de Bretagne, la région compte 2.644 établissements agroalimentaires, pour près de 69.000 postes. Depuis juin, environ 3.000 emplois ont été supprimés. Les cas les plus retentissants sont ceux du volailler Doux, qui a supprimé un millier de postes en 2012, du Norvégien Marine Harvest, qui va licencier 400 personnes et, plus récemment, des abattoirs Gad, qui ont supprimé 889 emplois début octobre. On est bien loin des 13.800 emplois évoqués par le député finistérien. Mais d’autres plans sociaux sont à venir en Bretagne: le groupe Cecab, spécialiste de la conserve de légumes (7.000 employés) a ainsi annoncé fermer l’usine d’une de ses filiales, dans le Finistère. Surtout, ces plans sociaux entraînent, outre la suppression de postes permanents, une baisse d’activité pour les emplois saisonniers, les agriculteurs, les transporteurs…

«L’agroalimentaire et l’agriculture représentent un tiers des emplois bretons»

Cette phrase, lue un peu partout depuis le début de la crise, est fausse. L’agriculture et l’agroalimentaire représentent à eux deux environ 130.000 emplois, soit 10% de l’ensemble. C’est bien moins que le secteur tertiaire marchand (transports, commerce, services aux entreprises, services aux particuliers, activités immobilières et financières) qui emploie 527.000 personnes dans la région (40,5% des emplois).

 

«Nous avions il y a quelques mois une situation relativement favorable avec 5% de chômage dans la région», Marc le Fur 

Si la Bretagne enregistre un taux de chômage moins fort que la moyenne nationale, elle n’a pas connu de taux inférieur à 6% depuis 2008. Au deuxième trimestre 2013, ce taux s’élevait à 9,4%, contre 10,5% sur l’ensemble du territoire. En septembre, l’augmentation du taux de chômage a cependant été nettement plus forte en septembre en Bretagne que dans le reste du pays (+2,7% contre +1,9%).