«La boboïsation» à Paris: un «problème violent»

VILLE Alors qu’un documentaire, diffusé ce lundi sur France 3, présente une cartographie sociale de la France, «20 Minutes» s’est intéressé plus particulièrement aux «bobos» parisiens…

Mathieu Gruel

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Le bar La Perle dans le Marais. Paris en 2008
Le bar La Perle dans le Marais. Paris en 2008 — CAPMAN VINCENT/SIPA

«T’es beauf ou bobo de Paris?» Pas la peine de lutter, l’image du bourgeois bohème colle aux basques du Parisien. Mais au-delà de la punchline de Stromae, quelle réalité se cache derrière cette classe à part?

Souvent dépeints comme parisianocentrés, aux idées de gauche malgré un compte en banque bien fourni, les bobos sont souvent mal perçus, comme le chantait de son côté Renaud.

Problème violent

En fait, «quand les autochtones ont vu arriver ces jeunes gens dans leurs quartiers populaires, au début ils ont trouvé ça sympathique», rappelle Christophe Guilluy, géographe et auteur d’un article qui cernait, dès 2001, les contours du phénomène à Paris.

Sauf que très vite, cette «boboïsation» s’est transformée en «un problème violent», détaille le géographe. Leur arrivée a en effet entraîné «une appropriation du parc de logements, initialement destiné aux classes populaires», explique Christophe Guilluy.

Et dans le sillage de ces bobos, c’est tout l’environnement de ces quartiers dits populaires qui a changé. Ouvriers ou simples salariés ont dû s’éloigner, alors «qu’avant, ils pouvaient habiter en ville», rappelle le géographe.

Embourgeoisement

Plutôt que de «boboïsation», Anne Clerval préfère parler de gentifrication. Un mot tiré de l’anglais «gentry» («les gens biens nés») qu’utilisent les chercheurs pour définir ce processus de transformation sociale (par remplacement de la population) et de transformation urbaine. «Et l’un ne va pas sans l’autre», appuie la géographe.

Réhabilitation de l’habitat, renouvellement des commerces… Les premiers signes de cette forme d’embourgeoisement «spécifique aux quartiers populaires», précise Anne Clerval, ont été observés dès les années 60 avec les débuts de la désindustrialisation. Mais la fin du contrôle des loyers dans les années 1980 a accéléré le processus.

Le phénomène, qui était déjà à l’œuvre à Londres ou New York, va ensuite progressivement s’étendre à tout Paris à partir des années 2000. Désormais, «tous les quartiers populaires sont touchés» confirme Anne Clerval, également auteure du livre Paris sans le peuple.

Conditions de vie difficiles

Et d’après elle, pas de retour en arrière possible, «à moins d’un retournement des facteurs économiques» ou de politiques publiques ambitieuses. L’enjeu est aujourd’hui en proche banlieue puisque la gentrification s’étend au-delà du périph, à Montreuil, Les Lilas, ou Bagnolet… Ainsi que dans certaines grandes métropoles françaises.

Si la gentrification suit des rythmes différents selon les lieux, partout elle produit les mêmes effets. Obligeant les classes populaires à s’éloigner de plus en plus du centre, elle rend ainsi leurs conditions de vie de plus en plus difficiles. Une réalité qui ne devrait pas aider le bobo parisien à se faire de nouveaux amis.