Ecotaxe: La Bretagne hurle sa colère

MANIFESTATION Des affrontements près d'un portique écotaxe dans le Finistère ont fait plusieurs blessés...

V.C. (avec AFP)

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Le portique écotaxe de Pont-de-Buis-lès-Quimerch, le 31 octobre 2013.
Le portique écotaxe de Pont-de-Buis-lès-Quimerch, le 31 octobre 2013. — AFP/Fred Tanneau

Le feu sous la Breizh. Un manifestant a eu la main arrachée dans des heurts avec les forces de l'ordre samedi lors d'une nouvelle manifestation dans le Finistère contre l'écotaxe poids lourds, signe de la colère grandissante en Bretagne contre cette taxe qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2014. Le dernier des trois portiques écotaxe du Finistère encore en état de fonctionner a été la cible samedi d'une manifestation à l'appel du «collectif pour l'emploi en Bretagne», réunissant plus d'un millier de personnes dont des salariés d'entreprises en difficulté comme Gad SAS, ou encore des agriculteurs. «La détermination à ne pas appliquer cette écotaxe en Bretagne est sans concession», a affirmé l'un des manifestants, Jean-François Jacob, secrétaire général de la coopérative légumière SICA.

250 camions, 150 gendarmes

Les manifestants sont arrivés en force avec 250 camions, des tracteurs et des remorques pleines de pneus, de choux-fleurs, d'oeufs et de bottes de paille devant le portique de Pont-de-Buis, sur la RN 165 coupée à la circulation depuis le matin, et où les attendaient quelque 150 gendarmes mobiles.Les manifestants, dont certains encagoulés, ont lancé l'assaut peu après 14h00, jetant des pneus en feu et d'autres projectiles, provoquant une réplique de lacrymogènes. Des scènes de guérilla ont alors commencé sur les collines qui entourent le portique avec plusieurs blessé à déplorer du côté des manifestants, dont un homme qui a eu la main arrachée et a été évacué par hélicoptère, selon les pompiers.

Selon un bilan de la préfecture du Finistère, outre le blessé grave, il y a eu un autre manifestant blessé plus légèrement au cou par un tir de flashball, ainsi qu'un gendarme mobile blessé légèrement par un projectile. «Qu'est ce qu'il attend Ayrault pour suspendre l'écotaxe dans le Finistère, qu'il y ait un mort ?», a demandé un éleveur de volaille en colère lors de la manifestation.

La préfecture a aussi annoncé l'arrivée sur le site à 18h30 d'une compagnie de CRS en renfort, soit plus d'une centaine de policiers, dans «une démarche défensive» et précisé qu'en fin d'après-midi il n'y avait eu aucune interpellation. La route, sur laquelle des feux de pneus ont brûlé tout l'après-midi et où ont été déversés des dizaines de tonnes de choux-fleurs, est «très sérieusement endommagée» et ne pourra être rouverte avant «plusieurs jours», selon cette même source.

Les manifestants avaient enfilé des bonnets rouges, 900 en tout, distribués par les organisateurs, le symbole de la révolution antifiscale en Bretagne au XVIIe siècle, sous l'Ancien Régime. Ils avaient aussi pour certains recouverts leurs plaques minéralogiques d'autocollants reproduisant la plaque de la voiture présidentielle (Ds5) de François Hollande, CB-455-VH, mais avec le numéro du département du Finistère, le 29. Une autre manifestation a eu lieu samedi contre un portique écotaxe à Saint-Allouestre, sur la RN24 dans le Morbihan, mais elle s'est terminé sans heurts vers 13h00.

74% des Bretons opposés à l'écotaxe

Dans la nuit de vendredi à samedi des agriculteurs ont aussi mené une action coup de poing à Morlaix (Finistère) en déversant devant le centre des impôts des palettes, des choux-fleurs et du fumier. Ces actions deviennent de plus en plus tendues alors que le gouvernement reste inflexible sur la date de mise en application de l'écotaxe au 1er janvier 2014, assurant cependant à la Bretagne un abattement de 50% en raison de son éloignement du reste de l'espace européen. Une réunion vendredi à Rennes à la préfecture de région, boycottée par les représentants des acteurs économiques bretons, n'a pas suffit à apaiser les tensions.

Le préfet de région Patrick Strzoda a affirmé à cette occasion que «pour l'instant les problèmes évoqués peuvent trouver une solution dans la mise en place de l'écotaxe au 1er janvier», mais les opposants réclament eux un report de la date. Selon un sondage Ifop à paraître dans Dimanche Ouest-France, les Bretons sont à 74% «vent debout contre l'écotaxe», principalement ceux du Morbihan (82%) et du Finistère (81%). «Je trouve ces taxes scandaleuses et je comprends très bien qu'on puisse manifester contre elles», a affirmé quant à elle samedi matin la présidente du Front national (FN), Marine Le Pen, à l'occasion d'un déplacement en Bretagne, à Fougères (Ille-et-Vilaine).