L’Unef accuse l’extrême droite après l’agression de deux militantes

ÉDUCATION 'organisation dénonce des actions coup de poing de groupuscules d’extrême droite, visant des jeunes filles «en raison de leur engagement syndical»...

Enora Ollivier

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La rentrée universitaire 2012 se déroule sur fond de hausse du coût de la vie pour les étudiants, soulignent leurs organisations, qui attendent l'allocation d'études promise pendant la présidentielle et la construction de logements.
La rentrée universitaire 2012 se déroule sur fond de hausse du coût de la vie pour les étudiants, soulignent leurs organisations, qui attendent l'allocation d'études promise pendant la présidentielle et la construction de logements. — Mehdi Fedouach afp.com

Il y a d’abord eu «des appels nominatifs à la violence» sur les réseaux sociaux. Puis l’agression au cutter d’une militante de l’Unef de l’Université Paris-1, le 17 octobre, suivie, lundi, de celle d’une étudiante à Nanterre (Hauts-de-Seine), également membre de ce syndicat étudiant classé à gauche, «bousculée» et «insultée». Un vrai climat délétère «monte très sensiblement depuis une quinzaine de jours», déplore Emmanuel Zemmour, le président de l’Unef.

Pas de doute pour l’organisation, les coupables sont à chercher du côté de groupuscules d’extrême droite. «Ce type d’intimidation est une de leur méthode traditionnelle» affirme Emmanuel Zemmour selon qui les jeunes femmes ont été spécifiquement visées «en raison de leur engagement syndical». Dans les deux cas, «les agresseurs ont proféré des menaces, disant "sale gauchiste, on sait où t’habites"». La militante agressée lundi aurait également été victime d’insultes racistes.

Plainte pour incitation à la haine

L’Unef évoque aussi la diffusion d’une publication d’extrême droite à Nantes (Loire-Atlantique), Strasbourg (Bas-Rhin) et Paris-1 appelant à «tuer tous les gauchismes». Une plainte a été déposée par le syndicat contre ce journal de «l’Action française universitaire», pour incitation à la haine et à la violence.

Pourquoi un regain de friction maintenant? Ces derniers jours «les militants de l’Unef étaient mobilisés sur les campus pour tracter contre les expulsions de jeunes scolarisés», après l’affaire Leonarda, «ça n’a pas du plaire à l’extrême droite…» avance le chef du syndicat. «Le climat actuel met effectivement de l’huile sur le feu», estime de son côté Olivier Vial, le président de l’UNI, organisation proche de la droite.

S’il constate aussi «une hausse des tensions dans des universités depuis 15 jours», il met plutôt en cause une «extrême gauche» qui «se radicalise» et «bénéficie d’une impunité totale».

«L’extrême droite essaie de gagner du terrain partout»

Il affirme par exemple avoir vu une de ses récentes conférences donnée à Strasbourg «perturbée par une quarantaine d’étudiants». Alors que «les militants d’extrême droite, on ne les voit pas physiquement sur les campus». Un fait que ne dément pas l’Unef: «L’université a toujours été un endroit où l’extrême droite a du mal à s’infiltrer, alors elle se sent démunie et choisit d’autres méthodes que celle du débat.»

«L’extrême droite essaie de gagner du terrain partout», regrette l’Unef qui dénonce l’inaction des «pouvoirs publics» qui lui «font ainsi des concessions». «On peut se sentir esseulés», conclut son président, qui souhaite que «les plaintes contre les agressions aboutissent» et que «soient identifiés les réseaux coupables d’appel à la violence».

L’affaire est prise au sérieux par la police, ainsi que par le ministère de l’Enseignement supérieur, qui a publié ce mercredi un communiqué condamnant les deux agressions et demandant aux universités de tout faire pour «éviter toute dérive de violence sur les campus». La ministre Geneviève Fioraso indique avoir «saisi le recteur de Paris afin qu'il s'assure, en lien avec le Préfet de Police, de la mise en place immédiate d'une enquête approfondie».