Au cœur de la polémique Leonarda, RESF rejette toute crise interne

SOCIÉTÉ réseau subit quelques contestations depuis l’expulsion de la jeune fille, qu’il a rendue publique...

Enora Ollivier

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Des militants niçois du Réseau éducation sans frontière (RESF), en mars 2010.
Des militants niçois du Réseau éducation sans frontière (RESF), en mars 2010. — BEBERT BRUNO/SIPA

Lundi, il a fallu apposer sur la porte, au ruban adhésif, une feuille au format A4 pour indiquer où se tenait la conférence de presse. A l’intérieur des locaux que la FCPE avait mis à disposition, les réglages techniques ont créé un effet Larsen qui a glacé l’assemblée. C’est que Réseau éducation sans frontière (RESF) n’est pas vraiment habitué aux grand-messes médiatiques.

Depuis le début de la polémique sur l’expulsion de Leonarda Dibrani, c’est pourtant lui qui se retrouve sur le devant de la scène. Lui qui a rendu l’affaire publique, dans un article publié le 14 octobre sur son site. Lui qui doit maintenant essuyer des critiques.

«Faire changer le gouvernement de politique»

«Il faut se réjouir de la médiatisation, c’est un élément décisif du rapport de force», lance Richard Moyon, un des cofondateurs de RESF, qui a participé à la conférence de presse organisée lundi pour «faire le point après l’intervention du Président». Car l’objectif est de «faire changer le gouvernement de politique».

Cette exposition a pourtant des effets secondaires. Au lendemain de l’arrestation de la jeune fille, des bisbilles sont apparues au sein du réseau, certains reprochant à un militant d’avoir «livré» la collégienne à la police puis d’avoir alerté la presse sur les antécédents judiciaires du père de Leonarda.  «Cette personne a eu une réaction d’urgence que, pour beaucoup, nous n’aurions pas eu», tempère-t-on à RESF qui rejette toute «crise» dans le réseau.

«Il nous arrive d’enfreindre des lois injustes»

Une position qui n’empêche cependant pas les récriminations. L’ancien président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), Patrick Lozès, a publié lundi une tribune assassine dans laquelle il a accusé «les associations d’aide aux sans papiers» de ne «valoir pas mieux que les passeurs qui font commerce d’enfreindre les lois». «Oui, il nous arrive d’enfreindre des lois injustes!», répond Richard Moyon qui, donnant l’exemple des «médecins qui pratiquaient des IVG avant que la loi ne l’autorise», juge que cela est «parfois nécessaire».

«On n’a rien à cacher», poursuit-il, balayant dans le même temps les «insinuations» de Marine Le Pen qui a demandé à ce que soient supprimées «les subventions aux associations immigrationnistes (sic)». «Nous vivons uniquement des dons. Si quelqu’un veut se pencher sur nos factures, on peut les montrer», continue-t-il arguant que le Réseau a de toute façon «très peu de frais de fonctionnement»: «pas de permanents, pas de locaux, si ce n’est une permanence syndicale prêtée dans le 12e arrondissement de Paris».

RESF bénéficie-t-il d’un renfort de militants depuis l’affaire? La réponse est difficile à apporter, en raison de la structure même de l’organisation, constituée d’un maillage local d’associations, collectifs, particuliers, professeurs… et qui ne revendique aucune hiérarchie, aucun président, aucun porte-parole. «La mobilisation continue», indique seulement Richard Moyon.