Fiches de Johnny et Jamel divulguées: Simple amende avec sursis pour l'ex-policier

JUSTICE «Tout ça pour ça», a adressé l'ex-commandant à la presse, à la sortie de l'audience...

avec AFP

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Pourfendeur des abus et dysfonctionnements du principal fichier de police, l'ex-commandant Philippe Pichon a été condamné mardi à une simple amende de 1.500 euros avec sursis pour avoir notamment divulgué les fiches de Johnny Hallyday et Jamel Debbouze.

Philippe Pichon a toujours invoqué un «geste citoyen» dont le but était de dénoncer les dangers du Système de traitement des infractions constatées (Stic) de la police.

Agé de 43 ans, l'ancien commandant, qui exerçait en Seine-et-Marne, assume avoir transmis à un journaliste les fiches du chanteur et de l'humoriste, publiées en 2008 par le site Bakchich dans un article intitulé «Tous fichés, même les potes de Nicolas Sarkozy».

Ni l'un ni l'autre n'était partie civile. L'Etat, qui l'était en revanche, a été débouté de sa demande de dommages et intérêts. A la sortie de la salle d'audience, Philippe Pichon a estimé qu'il ne s'agissait «ni d'une défaite, ni d'une victoire».

Inférieur aux réquisitions

«Au final, j'ai presque envie de vous dire, et surtout à l'adresse de Manuel Valls: Tout ça pour ça», a-t-il déclaré à la presse, «quatre ans de procédure pour arriver à 1.500 euros d'amende avec sursis intégral».

Mis à la retraite d'office, une mesure qu'il conteste devant le Conseil d'Etat, Philippe Pichon aimerait «exercer à nouveau» ses fonctions.

Le tribunal correctionnel de Paris n'a d'ailleurs pas prononcé d'inscription de cette condamnation à son casier judiciaire, pas plus qu'une interdiction d'exercer son métier. Le parquet ne l'avait pas requis.

La peine prononcée est largement inférieure aux réquisitions, le parquet avait demandé à l'audience du 10 septembre quatre à six mois de prison avec sursis et 1.000 euros d'amende.

L'avocat de Philippe Pichon, William Bourdon, s'est félicité de la clémence de la décision. 

«Moyens plus légaux»

Selon lui, «le tribunal a reconnu la dimension citoyenne et éthique de la démarche de Philippe Pichon» et son «caractère absolument désintéressé». Le «saut supplémentaire» aurait été de reconnaître la statut de «lanceur d'alerte» et «l'état de nécessité» qu'il avait plaidé.

Rappelant la «violence», la «brutalité» de la mise à la retraite d'office infligée à son client, après une «enquête administrative totalement à charge», Me Bourdon a jugé qu'«il y a là évidemment une espèce de grand canyon qui a posteriori est insupportable».

Après avoir vainement alerté sa hiérarchie et même le parquet de Meaux, dénonçant notamment l'utilisation politique qui pouvait être faite localement de ce fichier, M. Pichon avait estimé que «la coupe était pleine», avait-il expliqué à la barre.

«Le tribunal ne peut que constater que les faits qui lui sont reprochés sont partiellement motivés par les convictions d'intérêt public du prévenu», ont tranché les juges de la 17e chambre correctionnelle.

«Procès du Stic»

«On voudrait que ce soit le procès du Stic» ou de la «hiérarchie policière de M. Pichon», avait relevé le procureur Annabelle Philippe, soulignant qu'une soixantaine de consultations «en dehors de tout cadre professionnel» lui étaient reprochées.

Pour faire entendre sa voix, «il y avait d'autres moyens plus légaux pour dénoncer les mêmes choses», avait argumenté la magistrate, en sollicitant politiques, journalistes ou personnalités pour qu'ils demandent leur propre fiche.

«Comment ne pas regretter à titre personnel ce geste», qui a eu pour lui des «conséquences dévastatrices», «une mort sociale professionnelle», a reconnu mardi M. Pichon. «Mais sur l'idéal» qui l'a «guidé jusqu'ici», il ne regrette «évidemment pas».

En juin, la Cnil a déploré la persistance des défaillances du Stic constatées en 2009, notamment des problèmes de rigueur dans la mise à jour.

Le fichier Stic doit disparaître pour être refondu avec le fichier Judex des gendarmes dans un même fichier en 2014.