Khatchik, Serguey, Gayané: Ces autres Leonarda qui vont empoisonner la vie de Hollande

Vincent Vantighem

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François Hollande, le 11 octobre 2013 à l'Elysée.
François Hollande, le 11 octobre 2013 à l'Elysée. — WITT/SIPA

«Cela fait des jours que je martèle que cette affaire ne se résume pas une histoire de car scolaire !» Porte-parole du Réseau éducation sans frontière (RESF), Brigitte Wieser a la voix un peu cassée. Mais après avoir prêché dans le désert pendant de longs mois, elle se réjouit que son organisation ait, «enfin», la faveur des médias et des hommes politiques. Cela risque de durer encore: ce lundi, la militante animera une conférence de presse à Paris pour «faire le point» sur la politique menée par François Hollande en matière d’immigration.

«La chronique de l’intolérable»

En proposant, samedi, à Leonarda -«et à elle seule»- de revenir en France, le chef de l’Etat a ouvert une boîte de Pandore qu’il aura bien du mal à refermer. «Déjà la décision de couper une famille en deux est scandaleuse, poursuit Brigitte Wieser. Mais si on y réfléchit, pourquoi Leonarda et pas un autre. Il y en a plein des jeunes scolarisés expulsés…»

La semaine dernière, les lycéens parisiens ont, en effet, commencé à défiler pour Khatchit, un de leur camarade arménien reconduit dans son pays. C’est dans le cortège qu’ils ont découvert le cas de Leonarda et en ont fait un nouvel étendard. Dans l’Isère, ce sont les prénoms de David, Sergey et Gayané qui ont résonné dans les rues de Grenoble. «Les deux grands sont scolarisés et eux aussi sont menacés d’expulsion, assure Marianne Herlic, la militante locale de RESF. Vous pouvez contacter tous les départements, on a tous les mêmes cas…» De fait, sur son site internet, RESF a ouvert une rubrique baptisée «La chronique de l’intolérable» où les pages d’histoires semblables se succèdent.

«Les foudres de tout le monde»

Alors qu’il voulait éteindre l’incendie qui léchait son gouvernement depuis cinq jours, François Hollande n’a finalement fait que l’attiser un peu plus en prenant la parole samedi. «Cela nous a vraiment surpris, déclare Olivier Dortigolles, porte-parole du parti communiste. En tentant de satisfaire tout les courants de son gouvernement dans son traditionnel esprit de synthèse, il est finalement parvenu à s’attirer les foudres de tout le monde.»

L’UMP de Jean-François Copé et le MoDem de François Bayrou sont en effet montés au créneau pour dénoncer «l’affaiblissement de la parole présidentielle». Et dans le même temps, la gauche s’est permis –chose rare- de critiquer son chef de file en estimant qu’il manquait d’humanité. Symbole du malaise ambiant, Sandrine Mazetier, députée chargée des questions d’immigration au PS a refusé dimanche de répondre à nos questions. «Tout ça est vraiment loin d’être fini. Je ne voudrais pas dire quelque chose que je regretterai par la suite…»