Expulsion de Leonarda: Les zones d’ombre de l’affaire

SOCIETE Kosovare ou Italienne? Complicité d'un professeur? Un préfet pas si coupable?...

Matthieu Goar avec AFP

— 

La famille de Leonarda, au Kosovo.
La famille de Leonarda, au Kosovo. — Armend Nimani / AFP

La polémique ne désenfle pas. Alors que les lycéens manifestent pour la deuxième journée en solidarité avec leurs «potes» [voir leur communiqué] Leonarda et Khatchik, l’Arménien parisien expulsé samedi dernier, les résultats de l’enquête administrative sur l’expulsion de Leonarda sont attendus vendredi soir. Ce document précisera la version de l’administration. En attendant, 20 Minutes fait le point sur les différentes informations, parfois contradictoires. 

>> Suivre les dernières informations sur cette actualité

De quelle nationalité est cette famille?

Une famille kosovare, expulsée vers le Kosovo. Voilà la version des premiers jours de la polémique. Pourtant, ni le post qui a alerté sur cette affaire, ni le premier communiqué du Parti de gauche ne mentionnaient cette nationalité. L’identité rom était par contre citée. En fait, ce sont les premières dépêches alimentées par les sources administratives et policières qui évoquent le Kosovo.

Sauf que cette version n’est peut-être pas la bonne. Dans ses premières déclarations à France Inter, Leonarda disait en effet ne connaître personne à Mitrovica, la ville du Kosovo où elle est arrivée après sa «reconduite» à la frontière. Et, depuis jeudi, le père a raconté une tout autre histoire. «On n'avait pas de papiers d'identité. J'ai juste dit que nous étions du Kosovo (…) pour avoir de meilleures chances d'obtenir l'asile», a expliqué Reshat Dibrani à des journalistes.

Ce père rom de 47 ans dit être le seul né au Kosovo. Son épouse, Xhemaili, 41 ans, serait née en Italie, ainsi que cinq de leurs six enfants dont Leonarda, a-t-il assuré. La dernière, Medina, âgée de 17 mois, serait le seul enfant né en France. «Chez nous, c’était une information connue, c’est plutôt cette référence au Kosovo qui nous a surpris», témoigne dans Le Parisien un enseignant qui a connu la famille dans le Doubs. Le père affirme maintenant avoir détruit les papiers d’identité de sa famille. 

Kosovars ou Italiens: qu’est-ce que cela changerait?

Beaucoup et pas grand-chose. Le père a peut-être parlé du Kosovo aux autorités françaises en espérant obtenir plus facilement un asile politique pour sa famille. Cette partie des Balkans a connu une longue période de conflit avant de déclarer son indépendance de la Serbie en 2008. A cause de ces violences politiques, l’asile peut être plus facilement accordé. Si ce n’est pas le cas, l’expulsion est inévitable au bout d’un certain temps.

Mais le fait d’être originaire d’un pays de l’UE comme l’Italie, ce qui amène un droit de libre circulation, n’autorise pas un citoyen européen à rester indéfiniment dans un autre pays. Pour cela, il doit avoir trouvé en moins de trois mois un travail rémunéré et des «ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge» pour le pays d’accueil, un dispositif mis en place au niveau européen pour que les travailleurs ne déstabilisent pas les marchés de l’emploi nationaux (souvenez-vous du plombier polonais). Si ce n’est pas le cas, l’expulsion devient légale.

Quel a été le rôle exact de RESF?

Créé en 2004 pour défendre les élèves sans-papiers, le Réseau éducation sans frontière (RESF) a joué un rôle-clé dans cette polémique. D’abord parce que c’est eux qui révèlent l’histoire de Leonarda sur un blog hébergé par Mediapart dans un post intitulé «Leonarda, 15 ans, arrêtée et expulsée pendant une sortie scolaire». Le compte Twitter du site d’info puis le Parti de gauche relayeront l’histoire.

Ensuite, de nombreux professeurs membres de RESF semblent avoir bien connu la famille. Et certains ont eu un rôle au moment de l’arrestation. Selon Jean-Jacques Boy, chercheur à l'École de mécanique et des microtechniques de Besançon et membre de RESF 25 (Doubs), contacté par lefigaro.fr, l’un de ses collègues, lui aussi membre de RESF, Gérard Guinot est «complice» de l'expulsion.

Selon RESF, c’est Gérard Guinot et le maire de Levier qui auraient appelé la jeune fille pour l’avertir que les policiers allaient venir la chercher. Ils auraient même accompagné les policiers de la PAF (police aux frontières). Une version confirmée par un document de la PAF cité par lefigaro.fr. «Le professeur encadrant la sortie scolaire et un membre de RSEF sollicitent une prise en charge discrète de la jeune fille par les policiers.» Guinot avait pris des distances avec RESF. «Cette famille kosovare ne plaisait pas à Gérard Guinot, elle ne remplissait pas ses conditions», poursuit Jean-Jacques Boy. Une version à charge sans arguments contradictoires puisque Guinot refuse pour l’instant de communiquer avec la presse.