De plus en plus de Français veulent prévoir leurs obsèques

Delphine Bancaud

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Dans un magasin d'articles funéraires de Caen.
Dans un magasin d'articles funéraires de Caen. — MYCHELE DANIAU / AFP

Fleurs ou couronne? Cérémonie civile avant crémation ou inhumation au cimetière avec des chants religieux? Les Français veulent de moins en moins laisser ce choix à leurs proches et sont de plus de en plus nombreux à vouloir planifier leurs funérailles.

Selon une récente étude Ipsos* pour les Services funéraires de la ville de Paris, 72% des Français souhaiteraient organiser leurs obsèques à l’avance. Parmi eux, 33% voudraient les financer à l’avance, 8% voudraient juste prévoir l’organisation et 31% souhaiteraient pouvoir faire les deux. Les plus de 60 ans sont notamment de plus en plus nombreux à vouloir prendre en charge le coût de leurs obsèques (57% en 2013, contre 48% en 2008). Un vrai changement sociétal, selon François Michaud Nerard, directeur général des Services funéraires de la ville de Paris «car, dans toutes les cultures, le devoir fondamental d’un enfant est de donner sépulture à ses parents».

Eviter des dépenses à ses proches

Cette nouvelle manière d’aborder la mort s’explique tout d’abord par la crise, selon Etienne Mercier, directeur du département opinion d’Ipsos, «car les Français ne veulent pas que le poids financier de leurs obsèques pèsent sur leur famille, à une période où elle traverse parfois des difficultés économiques». L’augmentation des publicités mettant en scène des seniors sereins à l’idée d’éviter ces dépenses à leurs proches, a également joué un rôle, en culpabilisant indirectement les personnes qui n’auraient pas cette intention. «Les seniors savent aussi qu’avec l’augmentation de l’espérance de vie, ils risquent d’être à la charge de leurs enfants à la fin de leur existence. Ils veulent donc pouvoir les aider par anticipation en finançant leurs obsèques», ajoute François Michaud Nerard. Une aide précieuse, car selon les Services funéraires de la ville de Paris,  les obsèques coûtent en moyenne entre 3.800 et 4.500 euros, ce tarif incluant les frais de pompes funèbres (cercueil, porteurs et véhicule, opération d'inhumation ou de crémation) et toutes les formalités annexes (annonces dans la presse, frais de culte, soins de conservation, etc.).

Tout contrôler, même sa mort

Vouloir planifier ses funérailles renvoie aussi à des motivations plus intimes: «Maîtriser le déroulement de ses obsèques, c’est aussi une manière de continuer à exister par de là sa mort», affirme François Michaud Nerard. C’est aussi un moyen d’être sûr que ses dernières volontés seront exaucées, car «certaines personnes âgées craignent qu’il n’y ait pas de cérémonie religieuse à leurs funérailles, car leurs enfants sont athées», ajoute-t-il. La crémation est aussi parfois mal acceptée par les familles, qui doivent cependant se conformer au choix du défunt, si celui-ci a souscrit un contrat obsèques. Des raisons qui poussent à croire que ce type de contrats ont un bel avenir devant eux. Selon la Fédération française des sociétés d'assurances, ils sont en constante augmentation depuis quelques années : à la fin février 2012, on en comptait ainsi 3,372 millions en France, soit 8% de plus qu'en 2011.

* Etude réalisée par téléphone le 6 et 7 septembre 2013  sur 1.009 personnes, âgée de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.