Affaire Leonarda: Stéphane Fratacci, préfet du Doubs et nouvelle cible des critiques

POLEMIQUE Si un député écologiste le met hors de cause, son parcours professionnel en fait une cible idéale pour la gauche...

A.D.

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Stéphane Fratacci, à Paris en 2010.
Stéphane Fratacci, à Paris en 2010. — FRED DUFOUR / AFP

Le 9 octobre, Leonarda Dibrani, 15 ans, domiciliée à Levier, dans le Doubs, a dû descendre en pleurs du car dans lequel elle se trouvait avec ses camarades de classe et une enseignante pour rejoindre la police sur un parking. Celle-ci a ensuite reconduit à la frontière toute la famille, qui faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire. A qui la faute?

Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, a eu beau marteler que cette expulsion de la collégienne s'était déroulée «dans le respect du droit», Matignon a très vite annoncé qu'une «enquête administrative» sur les «conditions d'éloignement» de la jeune collégienne était lancée. Après le ministre de l'Intérieur, certains préfèrent désormais mettre en cause Stéphane Fratacci, préfet du Doubs et de la région Franche-Comté, dont les services ont procédé à l'expulsion et qui ne s'est pas exprimé publiquement depuis le début de la polémique.

Ceux qui veulent sa tête

Mercredi, le sénateur EELV Jean-Vincent Placé réclamait «la destitution du préfet» sur RMC.

La députée de Paris et secrétaire nationale du PS à l'immigration Sandrine Mazetier a réclamé qu'il soit «convoqué et sanctionné», de même que son homologue socialiste du Lot-et-Garonne Matthias Fekl, comme le précise Le Monde. Le socialiste Bruno Le Roux a quant à lui mis en cause la «faculté de discernement» de Stéphane Fratacci.

Ceux qui le défendent

Selon le député écologiste local, Eric Alauzet, le préfet du département n'a pas été alerté des circonstances dans lesquelles Leonarda a été prise en main par la police. «Le préfet n'a pas été informé de la situation», a-t-il affirmé dès mardi devant la presse, «donc c'est difficile de le mettre en cause». «Les fonctionnaires de police n'ont pas pris la bonne décision au bon moment, ils auraient dû en référer à leur hiérarchie», ajoute le député.

Claude Jeannerot, président du conseil général et sénateur socialiste du Doubs, a également apporté son soutien à Stéphane Fratacci: «Il ne faut pas condamner sans savoir ce qui s'est passé. Je souhaite que le stade de l'émotion soit dépassé. J'apporte mon soutien au préfet du Doubs qui a toujours agi avec beaucoup de discernement et d'humanité, comme j'ai pu moi-même le constater», rapporte France 3 Franche-Comté

Xavier Bertrand, député UMP de l'Aisne, a déclaré souhaiter que le préfet du Doubs ne soit pas «la victime expiatoire» de l'affaire

Un parcours de coupable idéal

Pourtant, au vu de son parcours, il pourrait bien faire office de fusible. «Ce haut fonctionnaire de 50 ans, spécialiste des questions d'immigration» comme le décrit Le Figaro, a été «secrétaire général du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale», un ministère dirigé par Eric Besson et créé par Nicolas Sarkozy... et fortement critiqué par l'opposition de l'époque. Circonstance aggravante, en 2001 il est nommé directeur des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur sous le socialiste Daniel Vaillant, il conservera ce poste sous Nicolas Sarkozy, et est notamment en charge des «procédures concernant l’éloignement du territoire français pour des motifs d’ordre public des ressortissants étrangers».

Un coupable idéal qui permettrait aussi de changer de cible. Le député socialiste Pascal Cherki a délibérément mis Manuel Valls hors de cause: «C'est un acte extrêmement choquant, ça s'est fait à l'insu du ministre de l'Intérieur. Je pense que le préfet en porte une responsabilité importante. Je ne crois pas un seul instant que le ministre de l'Intérieur ait pu donner des instructions en ce sens. Il faut qu'on fasse un exemple et que les services de l'Etat appliquent correctement les instructions du gouvernement. (...)Et s'il faut changer de préfet, on changera de préfet, c'est tout», a tranché le parlementaire socialiste cité par France Info. Ou comment faire passer la patate chaude...