Police: Une grève des PV pour obtenir plus de budget

William Molinié
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Une contravention pour stationnement gênant sur un deux roues à Paris.
Une contravention pour stationnement gênant sur un deux roues à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le bras de fer est engagé. Mais pour l’heure, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, n’a pas plié face à Alliance, qui durcit la fronde. Depuis le 26 septembre, le deuxième syndicat de gardiens de la paix encourage les policiers à faire une «grève des PV» et à refuser de verbaliser les infractions mineures (stationnement, conduite…). Il vient aussi de demander aux fonctionnaires chargés de l’investigation d’arrêter le «travail d’initiative». Concrètement, cela veut dire que tout ce qui ne relève pas des réquisitions judiciaires, réclamées par les juges, ne sera pas traité.

D’après le syndicat, l’activité contraventionnelle des policiers à Paris et en petite couronne aurait ainsi baissé de 60%. Alors que 150 PV sont habituellement dressés par une brigade parisienne dédiée à la circulation, l’activité serait passée à une cinquantaine. Autre chiffre, dans un arrondissement parisien, seules 150 contraventions auraient été établies sur les quinze premiers jours d’octobre, contre 1.300 au cours de la période précédente, selon des chiffres fournis par des sources syndicales.

«On ne fait pas d’économie sur la police»

Cet appel entend faire pression sur le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Ce dernier a décidé de diminuer l’indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP) des élèves policiers et gendarmes en école, afin de faire une économie de 12 millions d’euros. «On ne fait pas d’économie sur la police», tance Fabien Vanhemelryck, secrétaire national d’Alliance.

«Puisqu’on nous retire de l’argent, on va nous aussi retirer de l’argent des caisses de l’Etat, argumente-t-il. Il n’est pas question de laisser courir les délinquants. Mais on a un moyen d’action sur les petites infractions, de stationnement ou de la route [les PV rapportent chaque année 1,4 milliard d’euros environ].» En clair, les policiers sont appelés à ne pas verbaliser une voiture mal garée, un téléphone portable au volant qui n’a «pas généré d’écart de conduite», ou toute autre infraction qu’ils jugeraient «mineure».

Journée de mobilisation

Sollicitée par 20 Minutes pour s’exprimer sur la nature de ce mouvement, la Préfecture de police de Paris n’a pas donné suite. Mais une source interne estime que «son impact ne fait pas vaciller le système». «Le syndicat Alliance n’est pas le gros de la troupe. Ce mouvement n’est pas de nature à désorganiser les services», indique-t-on. D’autant qu’à Paris, la majeure partie des procès-verbaux sont dressés par des agents de surveillance des voies publiques (ASVP), qui ne sont pas des gardiens de la paix et donc pas concernés par la «grève».

Face à la grogne qui monte dans ses rangs, Manuel Valls a promis des «recrutements» de jeunes policiers prévus dans le budget 2014. Le syndicat majoritaire Unité-SGP-FO a appelé à une journée de mobilisation le 22 octobre devant les préfectures de région et Bercy.