Les directeurs d’école au bord de la rupture

Delphine Bancaud

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Dans une école primaire.
Dans une école primaire. — G. VARELA / 20 MINUTES

Un mois et demi après la rentrée, les directeurs d'école sont déjà au bout du rouleau. «Ils ont été en première ligne dans la mise en place des rythmes scolaires, ils sont écrasés par le poids des tâches administratives et ils ne se sentent pas assez reconnus» résume Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp. Une grogne qui trouve son écho dans un sondage* mené par le syndicat, publié ce mercredi. Dans ce dernier, 88% des directeurs d’école réclament davantage de temps pour exercer leur fonction, 78% que la charge de travail administratif soit allégée et 70% que leur temps de décharge soit augmenté.

Car leur quotidien n’a rien d’évident: les directeurs d’écoles sont enseignants et disposent d'une décharge de cours variable pour exercer leurs missions de direction. Elle dépend de la taille de l'école, mais aussi de différents paramètres (éducation prioritaire, accueil d'enfants handicapés...). Ainsi 17.000 directeurs sur les 46.000 exerçant dans le premier degré, enseignent tous les jours et ne bénéficient d’aucune décharge. Et rares sont ceux qui bénéficient d’une personne pour les épauler, car seulement 15.000 aides administratives ont été octroyées à cette rentrée.

Une liste de missions à la Prévert

Une situation intenable selon eux, compte tenu de l’éventail de tâches qui leur incombent:  animer l’équipe éducative, téléphoner et rencontrer les familles, répondre aux sollicitations de l’administration, faire l’interface avec la mairie, s’occuper de la maintenance, échanger avec le médecin et le psychologue scolaire, réserver les transports pour les sorties… «Et alors que les directeurs devraient se concentrer sur leurs rôles d’animateurs de la vie pédagogique, ils sont écrasés sous le poids de la paperasse», insiste Sébastien Sihr.

Du coup, les directeurs ne comptent pas leur temps de travail. «Ils plafonnent à 44 heures par semaine pour pouvoir boucler leurs missions. C’est un record dans les pays de l’OCDE. Mais on ne pourra pas éternellement compter sur leur bénévolat et leur militantisme pour faire fonctionner l’école», souligne Sébastien Sihr. Une situation explosive dont a bien conscience le ministère, qui va bientôt ouvrir des discussions avec les syndicats sur les missions, et la revalorisation de la rémunération des directeurs d’école. «Une chose est sure : on ne donnera pas la priorité au primaire en les laissant au bord du chemin», conclut Sébastien Sihr.

*Le sondage, réalisé du 9 septembre au 14 octobre sur internet, a recueilli 9.056 réponses dont 7.499 directeurs, sur 47.672 écoles recensées.