Punaises de lit: «Au début, on a un peu honte»

REPORTAGE Des locataires d’un immeuble de logements sociaux, à Paris (18e), sont en guerre contre l’insecte…

Mathieu Gruel

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Robin habite dans un immeuble à la porte de la Chapelle et subit depuis  des mois une invasion de punaises de lit, le 15 octobre 2013.
Robin habite dans un immeuble à la porte de la Chapelle et subit depuis des mois une invasion de punaises de lit, le 15 octobre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

«C'est invivable». Deux ans et demi de vie commune, et Robin* n'en peut plus. Sa colocation avec des punaises de lit le «rend dingue». Le jeune homme a pourtant tout essayé pour les éradiquer de son appartement du 93, rue de la Chapelle (18e), qu'il partage avec deux autres colocataires. Après avoir arraché le papier peint, jeté le canapé, changé sa literie, acheté un nettoyeur à vapeur, traité son logement... Il est à bout. «Je suis en train d'essayer de me faire reloger ailleurs», glisse le trentenaire, qui dit se «réveiller la nuit, pris de démangeaisons».

Et il n'est pas le seul. Quelques étages plus bas, Thierry a le même souci. Sur son sommier, il a entouré les traces du passage des bestioles, pour voir si elles se multipliaient. A cause d'elles, il avoue «devenir parano et ne plus dormir». Discrètes le jour, elles choisissent généralement la nuit pour piquer leur victime et se nourrir de leur sang.

Première campagne infructueuse

Les habitants de ces logements sociaux ont donc décidé d'alerter leur bailleur, ICF Habitat La Sablière. Contacté par 20 Minutes, celui-ci a indiqué qu'une nouvelle campagne pour supprimer les punaises devait débuter le 21 octobre. Une première tentative s’est soldée par un échec, «le protocole n'ayant pas été respecté», estime le bailleur.

Dans une note envoyée aux locataires par la société de nettoyage chargée de l’intervention, 20 Minutes a pu constater qu’il était notamment demandé de «vider les armoires et penderies», «de disposer le matelas et le sommier debout en cathédrale, et de les détruire s'ils sont infestés». Faute de quoi, «les prestations ne seront pas réalisées».

Ce qui agace les locataires. Car en plus d’être coûteuses et de donner la sensation de «vivre en mode camping», ces recommandations n’apportent aucune garantie de succès. Ce qu’il faudrait, estime Marcel, de l’entreprise Traitement nuisibles, c’est une intervention «massive et coordonnées», pour enrayer «cette invasion liée au flux et reflux des gens qui voyagent». Entre 150 et 400 euros seraient ainsi nécessaires «pour traiter un appartement correctement», estime le professionnel.

Jusqu’à 18 mois sans nourriture

Car la bestiole est coriace. Selon le service municipal d’actions de salubrité et d’hygiène (Smash), qui dit recevoir quatre à cinq coups de fils par jour sur ce sujet, «il y a un risque qu'elles reviennent, malgré un traitement». Capables de survivre à des températures allant de -20°C à 50°C, de passer jusqu’à 18 mois sans se nourrir, la punaise, qui se loge dans la literie, peut de plus «passer d'un appartement à l'autre dans le pli d'un pantalon».

L'insalubrité du logement n'est donc pas en cause. Pourtant, «au début on a un peu honte», expliquent les locataires. «On n’ose plus inviter ses potes ou allez chez eux.» Quant aux piqûres, «s’il n’y a pas de risque de maladie, c’est quand même très désagréable», raconte Robin, expliquant, photo à l’appui, y être allergique.

A des degrés divers, une vingtaine de logements seraient ainsi touchés. Et l’immeuble n’est pas le seul. Le 80, rue Stephenson (18e) est également victime du phénomène, a confirmé le bailleur ICF Habitat La Sablière à 20 Minutes, indiquant que «pas mal d’autres gestionnaires ont le même souci».

Le problème serait donc global. «Londres, Berlin, New York…  Toutes les grandes villes sont touchées», détaille le Smash. Et d’après Marcel, «il y en a pour une cinquantaine d’années avant d’éradiquer ce fléau».

*Tous les prénoms ont été changés