Ils ont quitté Paris pour la province, puis sont revenus: «Nous n'avons pas réussi à nous intégrer»

TÉMOIGNAGES uatre internautes nous racontent comment ils ont laissé Paris pour la province et pourquoi ils sont finalement revenus vivre dans la capitale...

Christine Laemmel

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La Tour Eiffel à Paris.
La Tour Eiffel à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

L’aller simple Paris-Province, fantasmé par beaucoup de Franciliens, est-il vraiment une bonne formule? A l’occasion du salon Provemploi, nous avons interrogé quatre internautes déçus de leur départ.

Ils pensaient tous que «l’herbe est plus verte ailleurs». Julien, 34 ans, espérait des gens moins «cocotte-minute». Sandrine, 37 ans, était lassée du «monde, du bruit, de la circulation». Louisa, 58 ans, voulait se rapprocher de sa famille. Tous ont fait le pari de quitter l’agitation parisienne et d’épargner un peu leur budget logement. «On se disait qu’on n’arriverait jamais à devenir propriétaires» se souvient Julien. «Je payais 720 euros pour un 27m² à Nanterre, explique Arnaud, je me suis retrouvé avec 40m² pour 560 euros à Strasbourg.» Sandrine et son mari ont quitté leur deux-pièces, pour «une grande maison avec jardin en Vendée, en pleine campagne. Un coin tranquille, trop tranquille.»

«Le dimanche, on s’ennuie»

Car une fois installés, Sandrine, comme Julien, s’ennuient. «Notre famille et nos amis nous manquaient, raconte la première. Nous avons fait beaucoup pour nous intégrer mais en vain.» Julien confirme. «Quand on a passé 30 ans, qu’on n’est plus étudiant, c’est un peu difficile de rencontrer des gens, nous dit-il. Le dimanche, il n’y a pas un magasin ouvert, pas un chat dans les rues, on s’ennuie. Paris est une ville qui vit, j’ai fait le tour de Lyon en quatre jours.»

Louisa, qui a choisi Marseille pour se rapprocher du Toulon de son enfance, a aussi peiné à trouver ses marques. Dès le début, les brimades ont gâché le quotidien de ses trois enfants, insultés, bousculés, mis à l’écart par les autres enfants, à cause de leur «accent du nord» selon Louisa. Espérant que la situation se tasse, elle serre les dents au travail, et même dans son immeuble. «Mes voisins, c’était pire qu’à Paris, c’est à peine si on se disait bonjour», regrette-t-elle. Seulement six mois après son arrivée, elle demande une nouvelle mutation pour repartir en banlieue parisienne, mais apprend qu’elle devra attendre trois ans. «Ça a été l’enfer.»

«Moins de turnover, c’est limité niveau carrière»

Parmi les internautes interrogés, seul Arnaud, qui a déménagé à Strasbourg, sera forcé de rentrer à Paris «à contrecœur». «Il y a moins de choix de spectacles, concède-t-il, mais je peux rentrer manger chez moi à midi. Et les Vosges et la forêt noire sont à moins d’une heure de voiture.» Bémol, lorsque sa fiancée le rejoint, elle ne décroche aucun job. Quand un poste se présente, l’offre la ramène… à Paris. Le conjoint de Sandrine a enchaîné les postes temporaires en Vendée et elle a attendu désespérément une mutation qui ne venait pas.

Niveau carrière, Julien piétine aussi. A Lyon, il y a «moins de turnover, c’est limité niveau évolution.» Julien et sa femme tiennent un an et repartent en région parisienne. A Nogent-sur-Marne. «Les loyers sont toujours aussi chers mais ils sont compensés par mes augmentations de salaire». Trente mille euros annuels en deux ans. «Des promotions que je n’aurais jamais pu avoir en restant à Lyon», estime Julien.