La colère monte en Bretagne face à l'hécatombe dans l'agroalimentaire, une réunion d'urgence à Matignon mercredi

SOCIAL Des salariés ont bloqué l’aéroport de Brest puis le pont de Morlaix, qui enjambe la ville...

avec AFP

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Des salariés de l'agroalimentaire ont bloqué l'aéroport de Brest, le 14 octobre 2013.
Des salariés de l'agroalimentaire ont bloqué l'aéroport de Brest, le 14 octobre 2013. — FRED TANNEAU / AFP

Après le séisme provoqué par la suppression de près de 900 emplois à l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère), les salariés de plusieurs entreprises agroalimentaires visées ces derniers mois par des plans sociaux se sont mobilisés ce lundi à Brest et Morlaix pour défendre leur secteur en pleine détresse.

Jean-Marc Ayrault va organiser mercredi une réunion avec six ministres pour «traiter l'urgence» sur l'agroalimentaire breton, a-t-on appris auprès du ministre délégué à l'Agroalimentaire Guillaume Garot. «Cette réunion portera sur la Bretagne, et en particulier sur l'agroalimentaire et l'agriculture, pour à la fois traiter l'urgence, avec la situation douloureuse dans le Finistère, et envisager l'avenir», a-t-il expliqué.

Deux vols pour Paris annulés

Quelque 300 salariés de l'agroalimentaire breton ont bloqué jusqu'en fin de matinée l'aéroport de Brest, pour protester contre les lourds plans sociaux frappant leur secteur, à l'appel des syndicats CGT et FO des entreprises Doux et Tilly-Sabco (volaille), Marine Harvest (poisson) et Gad (abattage et découpe de porc).

Les manifestants ont d'abord bloqué un rond-point à l'entrée de l'aéroport, avant de se coucher sur le tarmac en silence pendant quelques instants. Quelques élus locaux étaient également présents. Deux vols pour Paris au départ de Brest ont été annulés, ainsi qu'un vol en provenance de la capitale, selon le site internet de l'aéroport de Brest.

Les salariés du groupe volailler Doux portaient des affiches proclamant «Sauvez nos emplois et l'industrie» ou «Sauvez la filière avicole export». Ceux du volailler Tilly-Sabco, qui a annoncé récemment devoir réduire sa production de 40%, brandissaient de leur côté des pancartes «Nous voulons vivre», sous un drapeau breton.

«C'est toute la Bretagne qui souffre»

Les manifestants se sont ensuite dirigés en opération «escargot» vers Morlaix, où une centaine de manifestants, dont des salariés de Tilly-Sabco et des éleveurs, bloquaient la RN12 en début d'après-midi dans les deux sens sur le pont de Morlaix, qui enjambe la ville, a constaté l'AFP, provoquant entre 1,5 et deux kilomètres de bouchon, selon un gendarme.

Outre les salariés présents à l'aéroport lundi, quelque 200 autres salariés bloquaient dans le même temps un rond-point à Landivisiau, près de l'entreprise Gad, selon FO.

«C'est toute la Bretagne qui souffre et particulièrement le Finistère», a estimé lundi matin Nadine Hourmant, déléguée FO du groupe Doux, qui s'est séparé de son pôle frais à l'automne dernier au prix de la liquidation d'un millier d'emplois. «Il n'y a pas que nous qui souffrons, il y a également beaucoup de petites boîtes», a-t-elle ajouté.

«Une hécatombe»

De son côté, Olivier Le Bras (FO) représentant syndical chez Gad, a assuré: «il y a deux ans déjà nous avons alerté les politiques de droite et de gauche quels qu'ils soient sur l'ampleur et le tsunami social qui allait nous arriver (...) il n'y a qu'une solution pour nous, c'est de se réunir, se renforcer et entrer en lutte».

«Tilly-Sabco a réduit son activité, ça déséquilibre complètement la filière», a jugé Jean-Luc Hervé président du groupement d'éleveurs Univol, un des groupements de Nutrea qui vend ses poulets à Tilly.

Depuis quinze mois dans la région, les mauvaises nouvelles ont frappé l'agroalimentaire, un secteur qui représente avec l'agriculture environ un tiers des emplois en Bretagne.

«C'est réellement une hécatombe qui est en train de se produire en Bretagne», a affirmé à l'AFP Corinne Nicole, porte-parole de la CGT du groupe volailler Tilly-Sabco. Elle a par ailleurs assuré qu'il fallait s'attendre au total à la suppression de 8.000 postes avec les emplois induits, en plus des réductions d'effectifs dans les quatre entreprises agroalimentaires, situées dans un rayon de 50 km.