Le maire de Niort dépose plainte pour endiguer la «rumeur du 9-3»

© 2013 AFP

— 

La Seine-Saint-Denis attire des grandes entreprises, mais ses habitants frappés par le chômage en profitent peu, alors que la discrimination "à l'adresse", l'un des maux des quartiers défavorisés du département, pourrait bientôt être punie par la loi.
La Seine-Saint-Denis attire des grandes entreprises, mais ses habitants frappés par le chômage en profitent peu, alors que la discrimination "à l'adresse", l'un des maux des quartiers défavorisés du département, pourrait bientôt être punie par la loi. — Thomas Samson AFP

Le député-maire PS de Niort, Geneviève Gaillard, a porté plainte pour endiguer une rumeur, colportée depuis quelques années mais qui s'est récemment emballée, selon laquelle sa ville recevrait des subventions pour accueillir des habitants de Seine-Saint-Denis, a-t-on appris samedi auprès de l'élue.

Mme Gaillard a déposé plainte vendredi «contre X» auprès du parquet de Niort pour «préjudice causé à l'autorité publique par des assertions mensongères», a-t-elle précisé à l'AFP.

Depuis «des mois, un bruit insistant, qui devient une rumeur, parcourt la ville de Niort, et au-delà», écrit-elle dans sa lettre au parquet, que l'AFP a pu consulter. Elle y déplore la «persistance et l'ampleur d'un phénomène qui porte en lui la provocation (...) à la discrimination, à la haine, à la violence».

Selon ce «bruit» - des articles de presse parlent d'une «rumeur du 9-3» -, la ville aurait signé une convention avec le Conseil général de Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus pauvres de France et à forte population immigrée, pour accueillir des «personnes de couleur noire, originaires de (ce département) ou d'ailleurs mais, en tout cas, non niortaise», écrit l'élue.

Ces populations seraient supposées «faire courir» aux Niortais «un risque d'augmentation de la délinquance», dénonce encore Mme Gaillard, maire depuis 2008 et candidate à sa réélection.

Une telle convention n'existe pas, «c'est impossible et ridicule», a expliqué l'élue à l'AFP, fustigeant des ragots qui font le jeu du «racisme» et de la «stigmatisation».

L'origine de cette rumeur, alimentée par quelques faits divers locaux, est impossible à cerner, a reconnu Mme Gaillard, mais «ça a commencé il y a trois ou quatre ans». Plusieurs démentis ont été publiés dans la presse locale mais, «en juillet dernier, ça s'est emballé. Et ça prend de l'ampleur», d'où la plainte déposée pour tenter d'en endiguer la progression, a-t-elle expliqué.

Cela se propage par «le bouche-à-oreille», selon Pierre Lacore, directeur des relations extérieures de la municipalité, par exemple chez des commerçants, mais aussi sur les réseaux sociaux, où «des propos inadmissibles sont écrits», a dénoncé Mme Gaillard.

Un lien avec les prochaines municipales? «Peut-être», même si cela reste «difficile à affirmer», a-t-elle répondu. L'extrême droite? «Je ne veux accuser personne.»

«Cette rumeur ne repose sur aucun fondement, ce type de rumeurs stigmatise mon département, c'est insupportable», s'est insurgé de son côté Stéphane Troussel, président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis.

«Ca dénote un climat malsain et délétère, une hystérisation du débat démocratique, par des groupes extrémistes, qui repose sur des idées constitutives de haine, de violence, de discrimination», a estimé M. Troussel, écartant toutefois un dépôt de plainte «pour ne pas faire écho à des attaques malsaines insupportables».

Outre Niort, d'autres villes ont aussi eu à souffrir de cette rumeur, à l'image de Poitiers, Limoges ou encore Châlons-en-Champagne dont le maire, l'UMP Benoist Apparu, a porté plainte.