Des wagons de matières dangereuses sèment l'inquiétude en Seine-Saint-Denis

SOCIÉTÉ e délégation d'élus et d'habitants va porter une pétition à Matignon ce vendredi. Ils contestent un arrêté préfectoral qui reconnaît le danger mais ne prévoit rien pour les habitants...

Enora Ollivier

— 

Le 9 octobre 2013, vue de la gare de triage de Drancy-Le Bourget en Seine-Saint-Denis.
Le 9 octobre 2013, vue de la gare de triage de Drancy-Le Bourget en Seine-Saint-Denis. — V. WARTNER/ 20 Minutes

Les affiches appelant à la manifestation du 21 septembre sont défraîchies par la pluie. Mais les résidents de ce quartier pavillonnaire du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ont tenu à les laisser sur les grilles de leurs maisons, comme autant de drapeaux revendicatifs. Ici, comme dans les communes voisines de Drancy et du Bourget, les habitants se mobilisent pour protester contre le danger que représente pour eux la gare de triage, située à cheval sur les trois villes et qui voit passer chaque année 13.000 wagons de matières toxiques. Ce vendredi, une délégation d’élus et de citoyens ira porter à Matignon une pétition pour faire entendre leur voix.

Tous les jours, des chargements d’ammoniac, d’azote ou encore de chlore gazeux transitent par le site, un des principaux en France, parfois à quelques dizaines de mètres d’écoles ou d’installations sportives. Un arrêté préfectoral, signé en avril, a mis le feu aux poudres. Le document crée un périmètre de sécurité de 620 mètres autour de la gare et interdit dans ce secteur les nouvelles constructions. Rien, en revanche, sur les personnes qui habitent déjà dans la zone.

Pour la «suppression du risque»

«La population est doublement sanctionnée», s’agace Alain Ramos, le porte-parole du collectif des riverains de la gare de triage (Corigat): «D’une part, les propriétaires voient leurs biens dévalués de -15 ou -20% et d’autre part les habitants ne sont pas protégés». «L’Etat reconnaît qu’il y a un danger mortel pour 30.000 habitants et gère ça en interdisant à un 30.001e de s’installer», raille, amer, Jean-Christophe Lagarde, le député-maire (UDI) de Drancy.

«Nous ne sommes pas pour la fermeture de la gare, qui a une importance historique et économique», précise Alain Ramos, également conseiller municipal (divers gauche) du Blanc-Mesnil, mais pour «la suppression du risque». «Nous attendons que l’Etat joue son rôle d’actionnaire de RFF [Réseau ferré de France] et de la SNCF pour demander à ces deux sociétés des mesures de sécurité», abonde Marie-George Buffet, députée (PCF) de la 4e circonscription de Seine-Saint-Denis. Elle demande aussi la révision de cet arrêté préfectoral «loufoque» qui «interdit par exemple aux gens de construire une véranda». Ou alors, «si c’est aussi dangereux que ça, il faut évacuer la zone, comme le prévoit la loi».

«Est-ce qu’Ayrault assumera des dizaines de cadavres?»

Jean-Christophe Lagarde réclame lui que les wagons les plus dangereux qui «n’ont rien à faire en zone habitée» soient «triés ailleurs», mais suspecte que cette idée soit repoussée à cause de motifs économiques. Il a déposé lundi un recours contre l’arrêté préfectoral, entend mener d’autres actions, et s’en remet au Premier ministre. «Est-ce que Jean-Marc Ayrault assumera, aujourd’hui ou dans 10 ans, des dizaines de cadavres?», questionne-t-il, demandant une intervention de l’Etat «avant l’accident et pas après, comme pour AZF».

La préfet de Seine-Saint-Denis a reçu des élus après une manifestation samedi dernier, qui a rassemblé environ 2.000 personnes. «Il continue de travailler en concertation avec eux sur les plans particuliers d’intervention [PPI, un dispositif de protection des populations] et interroge les ministères concernés», indique-t-on à la préfecture. Contactée, la SNCF «ne fait pas de commentaires».

«Nous appliquons la réglementation avec toute la rigueur qui s’impose», explique de son côté Jean Faussurier, directeur régional de RFF qui assure que le réseau «assume sa responsabilité vis-à-vis des riverains et de nos salariés». Il rappelle aussi que les matières dangereuses représentent «un peu moins de 5% de l’activité de la gare» et que le nombre de wagons en question a diminué «de près de 40% en deux ans, pour passer de 20.000 en 2010 à 13.000 en 2012».