Paris: Un programme de recherche inédit pour repenser la ville

URBANISME Ingénieurs, chercheurs en sciences sociales ou simples riverains, ensemble, ils ont arpenté le quartier de la Porte de Bagnolet, dans le cadre d’un projet scientifique...

Mathieu Gruel

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Paris le 10 octobre 2013. Des chercheurs de Meteo-France dans le cadre du projet de recherche Eureka (Evaluation Multidisciplinaire et Requalification Environementale des Quartiers) évaluent la qualité environnementale des rues de Paris. Campagne de mesure inédite à l'échelle du quartier de la porte de Bagnolet.
Paris le 10 octobre 2013. Des chercheurs de Meteo-France dans le cadre du projet de recherche Eureka (Evaluation Multidisciplinaire et Requalification Environementale des Quartiers) évaluent la qualité environnementale des rues de Paris. Campagne de mesure inédite à l'échelle du quartier de la porte de Bagnolet. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Ils veulent aller dans le même sens. Mais ils n'empruntent pas tous la même route. Porte de Bagnolet (20e), les habitants du quartier ont été témoins, du 8 au 10 octobre, d'un étrange ballet. Ce jeudi matin, des scientifiques de Météo-France, des acousticiens, des spécialistes de l'atmosphère et de la pollution arpentent les rues. Au cours de leur périple de trois kilomètres, ils s'arrêtent régulièrement, toujours aux mêmes endroits, pour prendre la température, mesurer le vent ou relever l'indice de pollution.

Plus habitués à «travailler sur la théorie», reconnaît l'un d'entre eux, ces scientifiques se retrouvent pourtant sur le terrain. Et plus inattendu, ils cheminent aux côtés de chercheurs en sciences sociales, avec qui ils participent au projet Eurequa (Evaluation mUltidisciplinaire et Requalification Environnementale des QUArtiers), financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR) et conduit à Paris, Marseille et Toulouse.

«Les gens ne sont pas des thermomètres»

Loin des petites querelles entre «science des ingénieurs» et «sciences humaines», il s'agit ici «de confronter nos visions et nos disciplines», explique Aurélie Flamand, sociologue qui participe au projet. «Pas de travailler en parallèle».

Aux mesures scientifiques, s'ajoute donc un volet subjectif. Pour cela, des habitants du quartier sont embarqués dans la balade. A chaque arrêt, ils sont invités à livrer leurs ressentis sur le bruit, la pollution, la température… Et ils sont généralement très différents. Car «les gens ne sont pas des thermomètres», explique Sinda Haoues-Jouve, urbaniste et coordinatrice du projet Eurequa.

Ainsi, au bord d'une route pourtant très passante, l'une des volontaires qualifie le lieu de «plutôt calme». C'est qu'à proximité, le jardin Debrousse et son pavillon de l'Ermitage lui évoquent des souvenirs heureux.

Améliorer l’environnement des gens

La perception du bruit, de la pollution... Cela dépend donc de chacun. Les gens sont des «experts de leur cadre de vie», estime Sinda Haoues-Jouve, ils pensent les lieux «en fonction d'un vécu, d'un contexte social». D'où l'intérêt de ce projet, qui permet une mise en perspective, en mêlant résultats bruts et subjectivité.

Prévu pour durer jusqu'en 2016, Eurequa doit permettre in fine «d'élaborer des scénarios de réaménagement urbain», explique l’urbaniste. Avec pour objectif «d’améliorer l'environnement des gens». Le chemin est tracé.