«Les jeunes diplômés ont été les premiers à faire les frais de la dégradation de l'emploi»

INTERVIEW Christian Darantière, directeur délégué de l'AFIJ (Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés), réagit à l'étude de l'Apec parue ce mercredi qui souligne la dégradation du marché de l'emploi des jeunes diplômés en 2012...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Un salon de recrutement dédié à l'industrie aéronautique avait lieu à Bouguenais.
Un salon de recrutement dédié à l'industrie aéronautique avait lieu à Bouguenais. — F. Elsner / 20 Minutes

Ils ne sont plus épargnés par la crise. Une étude de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) parue ce mercredi, souligne que l’insertion professionnelle des diplômés du supérieur s’est détériorée en 2012. Christian Darantière, directeur délégué de  l’AFIJ (Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés), décrypte ce phénomène.

Comment expliquer la dégradation de la situation des diplômés en 2012?

Si la situation des jeunes diplômés s’est détériorée en 2012 (64% des titulaires d’un bac +4 occupaient un emploi moins d’un an après leur sortie du système éducatif, contre 71% en 2011), c’est en raison de l’aggravation de la crise, l’année 2012 s’étant caractérisée par deux trimestres de récession. Les jeunes diplômés ont été les premiers à faire les frais de la dégradation de l’emploi car ils ne sont pas considérés comme étant immédiatement employables par les recruteurs. Ces derniers leur préfèrent des jeunes cadres ayant trois à cinq ans d’expérience. Enfin, en période de crise, les entreprises passent par leurs réseaux pour recruter, car elles ne veulent pas être submergées de candidatures. Du coup, les informations sur les postes à pourvoir arrivent plus facilement aux oreilles des jeunes cadres qu’à ceux des jeunes diplômés. 

Le diplôme ne serait-il plus aussi protecteur qu’auparavant?

Les jeunes diplômés demeurent toujours mieux lotis sur le marché de l’emploi que les personnes peu ou pas qualifiées. Mais le diplôme ne suffit plus pour décrocher un poste. Il faut aussi posséder un réseau professionnel, avoir multiplié les stages… Notons aussi que les diplômés de formations courtes (BTS et DUT) s’en sortent mieux que les diplômés de formations généralistes longues.

L’étude de l’Apec montre que les diplômés ont été obligés de réviser leurs prétentions à la baisse pour accéder à l’emploi. Cette tendance va-t-elle perdurer?

Dans les prochains mois, sans doute. En période de crise, il est fréquent que les jeunes diplômés soient obligés de faire des sacrifices en terme de salaire. Mais ce qui est plus étonnant en 2012, c’est qu’un tiers d’entre eux estiment occuper un emploi sous qualifié pour eux. Car jusqu’alors les entreprises refusaient d’embaucher des jeunes surdimensionnés par rapport aux postes proposés, de peur qu’ils ne soient pas suffisamment motivés donc pas très performants. Cette dévalorisation des compétences des jeunes diplômés risque d’avoir des conséquences pour le reste de leur carrière car ils risquent d’évoluer moins vite dans l’entreprise.

Une autre étude de Harris Interactive à paraître jeudi montre que 79% des étudiants de neuf grandes écoles «n'excluent pas» de chercher un emploi à l'étranger. Va-t-on assister à une fuite des cerveaux en France dans les prochaines années?

Non, je ne crois pas. Car entre l’envie de partir à l’étranger et le fait de sauter le pas, il y a une marge. De plus si l’emploi des diplômés des grandes écoles à l’étranger progresse ces dernières années, les principaux débouchés pour les débutants demeurent en France. Par ailleurs, si certains jeunes démarrent leur carrière à l’étranger, ils reviennent souvent dans l’Hexagone lorsqu’ils fondent une famille.