SDF: «Ce n’est pas le froid qui tue, c’est la rue»

Delphine Bancaud

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Collage organisé par des artistes de rue pour annoncer l'appel et l'hommage aux morts de la rue par le collectif des Morts De La Rue, le 5 décembre 2012.

Collage organisé par des artistes de rue pour annoncer l'appel et l'hommage aux morts de la rue par le collectif des Morts De La Rue, le 5 décembre 2012.
 — A. GELEBART / 20 MINUTES

Les sans-domicile fixe ne meurent pas seulement l’hiver à cause du froid. C’est pour battre en brèche ces idées reçues que le collectif «Les morts de la rue» rend publique ce mardi son étude épidémiologique 2012. Une source d’informations d’autant plus riche que les données françaises sur ce thème sont quasi-inexistantes. Pour recenser la mortalité des SDF en France et des personnes ayant connu une période à la rue, le collectif a récolté des témoignages de proches de SDF d’associations, d’hôpitaux et a récupéré des informations diffusées par les médias. Résultats: 439 décès de sans-domicile ont été recensés par le collectif en 2012, et ils concernaient à 91,8% des hommes.

«Alors que l'espérance de vie en France est de 78,5 ans pour les hommes et de 84,9 ans pour les femmes, les SDF meurent précocement, à 47 ans en province et de 55 ans en Ile-de-France», constate Christophe Louis, président du collectif. Des décès qui interviennent tout au long de l’année, même s’il y a un léger pic de mortalité à l’hiver et à l’automne.

Les morts violentes en tête

Si, dans l’esprit du grand public, l’hypothermie est la principale cause de décès des SDF, elle ne concerne que quelques cas par an. «Ce n'est pas le froid qui tue, c'est la rue», résume Christophe Louis. «Les premières causes de décès sont violentes: accidents de la circulation, brûlures, agressions, noyades, suicides… Suivies par les cancers (poumons, bouche, ORL), puis les maladies cardio-vasculaires et respiratoires», souligne Lise Grout, épidémiologiste du collectif. La forte consommation d’alcool et de tabac est souvent un facteur ayant aggravé leur état de santé. Une issue fatale qui survient après un parcours chaotique de longue durée, puisqu’en moyenne ces personnes avaient passé 13 ans dans la rue.

Un sentiment de solitude qui fragilise

Le collectif attire aussi l’attention sur les facteurs psychologiques qui semblent précipiter les décès. «En Ile-de-France, en 2012, 22 SDF sont morts juste après le décès d’une personne de leur famille ou d’un de leurs camarades de rue. A Paris, dans le 17ème arrondissement, six copains de rue sont morts successivement en 2012. Et la majorité des personnes qui décèdent ont connu des ruptures (migration, divorce…) qui les ont fortement affectées», note ainsi Christophe Louis. Plus étonnant: plusieurs décès interviennent alors que la personne était en passe ou avait retrouvé un logement stable. «C’est un processus de décompensation, car lorsqu'ils obtiennent un logement, leurs défenses s'affaissent et une maladie peut ressurgir. Ils perdent aussi de vue les personnes qui les accompagnaient au quotidien, ce qui peut entraîner chez eux un fort sentiment de solitude», ajoute-t-il. Un nombre non négligeable de décès ont également lieu après une hospitalisation «car les sans-abri arrêtent soudain de se soigner».

Fort de ces constats, le collectif recommande un meilleur accompagnement des SDF après une urgence médicale, au moment de la perte d’un proche ou lors de l’obtention d’un logement stable.