Baisser la vitesse sur les routes secondaires, une mesure efficace?

Delphine Bancaud

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Un policier contrôle la vitesse des véhicules à Lyon en 2011.
Un policier contrôle la vitesse des véhicules à Lyon en 2011. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

Donner un nouveau coup de frein à la vitesse sur les routes secondaires permettrait-il de diminuer le nombre d’accidents? Le débat est relancé avec le rapport du comité d’experts du Conseil national de la sécurité routière (CNSR) dévoilé samedi, qui recommande une réduction de la vitesse de 90 à 80 km/h sur le réseau secondaire.

Selon les experts, la réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes nationales, départementales et communales à double sens où elle est actuellement limitée à 90 km/h, constitue la mesure «la plus efficace pour réduire la mortalité». Elle permettrait de sauver 450 vies chaque année si elle s'appliquait sur l'ensemble du réseau concerné, et au moins 200 vies, si elle n'était mise en place que dans les zones les plus dangereuses, est-il précisé dans le rapport.

L’exemple espagnol cité pour justifier la mesure

Un avis que partage Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière, interrogée par 20 minutes: «Si le gouvernement doit prendre une seule mesure, c'est celle-là. Car les deux tiers des accidents mortels ont lieu sur les routes départementales. Et celles qui n’ont pas de séparateurs médians sont les plus dangereuses». En outre, selon Chantal Perrichon, agir sur la vitesse se traduit toujours par des résultats positifs sur les routes: «Une réduction de la vitesse moyenne de 1%, c’est 4% de morts en moins», insiste-t-elle. Pour étayer sa démonstration, Chantal Perrichon s’appuie aussi sur l’exemple espagnol :«Lors d’une expérimentation menée cependant quatre mois en 2011, la vitesse a été réduite de 120 à 110 km/h, ce qui s’est traduit par une diminution de 34% des morts sur les routes».

Une analyse à laquelle ne souscrit pas Pierre Chasseray, président de l’association 40 millions d’automobilistes. «Limiter la vitesse n’est pas la mesure la plus efficace en matière de sécurité routière. La preuve : les axes sur lesquels on roule le plus vite (les autoroutes) sont aussi ceux où il y a le moins de morts. Autre exemple: En Grande-Bretagne, les conducteurs peuvent rouler jusqu’à 97 km/h sur les réseaux secondaires et il y a moins de morts sur ces routes là qu’en France. De plus, je souligne que lorsqu’un véhicule tape un obstacle à 80 ou 90 km/h, les conséquences sont les mêmes pour le conducteur: il meure».

La décision de Valls très attendue

Pour Pierre Chasseray la mesure la plus efficace pour améliorer la sécurité sur le réseau secondaire, serait d’investir sur les infrastructures «en ajoutant des glissières et en améliorant le marquage au sol».  Bien décidée à se battre pour défendre sa thèse, l’association a d’ailleurs lancé dimanche une pétition en ligne via le site nonalabaissedeslimitationsdevitesse.com. Un appel qui semble avoir été entendu car à 12h16 ce dimanche, le site comptabilisait déjà 11.757 signatures.

Reste à savoir quelle sera la décision finale du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. En juillet dernier, il avait affirmé : «la réduction de vitesse sur les routes est inéluctable», rappelant son objectif de passer sous la barre des 2.000 morts sur les routes d’ici à 2020. Mais jugera-t-il la mesure suffisamment efficace pour qu’elle vaille la peine de s’attirer les foudres d’une partie de l’opinion publique?