Les deux CRS ayant aveuglé un radar menacés de suspension

JUSTICE Les CRS avaient aveuglé un radar à l'aide d'un sac plastique devant des caméras de TF1...

avec AFP

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Un radar automatique sur une route nationale près de Nantes, le 6 novembre 2010.
Un radar automatique sur une route nationale près de Nantes, le 6 novembre 2010. — JS EVRARD/SIPA

Le conseil de discipline de la police a proposé mercredi que deux CRS ayant aveuglé un radar devant les caméras de TF1 soient suspendus durant quelques mois de leurs fonctions, a-t-on appris de sources concordantes.

L'instance disciplinaire a requis 24 mois de suspension dont 18 mois ferme et 6 avec sursis pour un des deux CRS, selon leur avocat, Me Gabriel Versini. Pour le second, elle a également demandé une période d'exclusion temporaire de service, dont deux mois ferme.

Une source policière proche du dossier a confirmé ces informations.

Radar aveuglé avec un sac plastique

Le conseil de discipline, composé à parité de membres de l'administration et de syndicats de police, propose des sanctions contre les policiers. Dans le cas de ces deux CRS, c'est in fine le directeur général de la police nationale qui prononcera les sanctions - mais il suit, dans la plupart des cas, les propositions de l'instance disciplinaire, selon une source proche du dossier.

La diffusion d'un reportage du magazine «Automoto» présenté par Denis Brogniart sur TF1 en novembre 2012, dans lesquel les deux CRS avaient aveuglé un radar à l'aide d'un sac plastique, avait déclenché la colère du ministère de l'Intérieur.

Il avait demandé à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN - "police des polices") de retrouver les CRS, apparus à l'écran avec le visage flouté et la voix déformée.

Des indices dans le reportage

Grâce à des indices disséminés dans le reportage et l'analyse des appels des téléphones portables dans la région, la police des polices avait fini par identifier le lieu et l'heure du tournage et porté ses soupçons sur des CRS de l'Ain.

Le journaliste et animateur Denis Brogniart avait ensuite été convoqué en avril par l'IGPN place Beauvau à Paris. Comme il l'a expliqué au micro de RTL, il a déclaré que c'étaient les fonctionnaires qui l'avaient contacté pour ce reportage. La neutralisation de radars par des fonctionnaires de police, pour dénoncer des radars inutiles et une politique du chiffre, avait été dévoilée par un livre du journaliste Denis Boulard, «Radar Business» (First, 2012).

Pour leur défense devant l'IGPN, selon la source policière, les deux CRS ont indiqué avoir agi sous le couvert et «avec le soutien» d'un syndicat de police influent dont l'un était chargé de mission. Ils ont mis en cause la version de Denis Brogniart qui, selon la source policière, a «dévoilé ses sources».

Denis Brogniart nie pour sa part avoir «donné des noms» à la «police des polices».

«Jamais Denis Brogniart n'a donné les noms des policiers», a réagi mercredi le ministère de l'Intérieur. «Lorsque son audition a eu lieu, les deux CRS avaient été identifiés, entendus et avaient reconnu les faits depuis plusieurs semaines», a-t-il affirmé.