Travail dominical: Les salariés de Castorama et Leroy Merlin se mobilisent

Faustine Vincent

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Le magasin de bricolage Leroy Merlin de Vitry sur Seine  avait ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013 malgré l'interdiction judiciaire.
Le magasin de bricolage Leroy Merlin de Vitry sur Seine avait ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013 malgré l'interdiction judiciaire. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Pouvoir d’achat, tous candidats», «Yes week-end », «Volontaires oui, chômeurs non». Quelque 150 salariés de Castorama et Leroy-Merlin, rassemblés au sein du collectif «Les Bricoleurs du dimanche», ont manifesté ce mercredi près du siège du gouvernement à Paris pour réclamer le droit de travailler le dimanche.

Dans la foule, certains sont venus «par solidarité», leur magasin n’étant pas concerné par la fermeture dominicale. D’autres, directement impactés, font part de leur désarroi. Tiffany, qui travaille depuis dix-sept ans chez Leroy Merlin, élève seule ses deux enfants. «Je viens d’acheter une maison. En travaillant le dimanche, je gagne 1.800 à 1.900 euros par mois. Si je dois arrêter, mon salaire tombera à 1.250 euros, avec des traites de 833 euros. C’est impossible! Et je ne veux pas retourner dans mon ancien HLM». Sa vie de famille et son budget sont organisés autour de ce jour travaillé, payé 150 euros brut supplémentaires: «Je me repose le mercredi et le samedi, ce qui me permet de voir mes enfants et d’économiser sur les frais de garde.»

Alexia, étudiante en droit, travaille elle aussi à Leroy Merlin. Elle a signé une «contrat étudiant» il y a trois ans pour payer ses études et une partie de son loyer. Elle gagne 900 euros par mois en travaillant 12h par week-end (4 le samedi, 8 le dimanche). «Avant, je devais travailler de 20 à 25 heures pour gagner autant», précise-t-elle. 

«Il faut que ça reste sur la base du volontariat»

Tous insistent sur le fait qu’ils ne réclament pas la généralisation du travail le dimanche, mais le droit de le faire uniquement pour les magasins de bricolage des deux enseignes en Ile-de-France, soit 40 magasins. A condition que ce soit bien encadré: «Il faut que ça reste sur la base du volontariat et que ce soit toujours considéré comme un jour exceptionnel, avec les avantages qui y sont liés», insiste Alice, employée chez Leroy Merlin depuis cinq ans à temps plein.

La jeune femme redoute que l’interdiction du travail dominical finisse par pénaliser l’ensemble des salariés: «Si on enlève le dimanche, le deuxième jour où le chiffre d’affaire est le plus important, la direction va forcément vouloir récupérer de l’argent ailleurs  car le magasin doit faire son chiffre, poursuit-elle. Ça passera par des amplitudes horaires plus grandes, de 8 à 21h. Et là, la vie personnelle en pâtira. Tout le monde, les salariés comme la direction, a intérêt à ce qu’on puisse travailler le dimanche», souligne-t-elle. 

Tensions et embarras

Cette convergence inhabituelle d’intérêts entre salariés et direction est manifestement une source d’embarras et de tensions. Le syndicat FO, opposé au travail dominical, accuse le mouvement du collectif des Bricoleurs du dimanche d’être largement organisé par les deux directions des magasins. Ces dernières payent en effet une agence de communication, Les Ateliers Corporate, qui conseille et forme les salariés volontaires pour faire passer le message au mieux dans les médias et auprès des représentants politiques. Les T-shirts et pancartes ont aussi été pris en charge par la direction.

Mais les manifestants bondissent quand ils entendent que leur mouvement ne serait pas spontané. «C’est nous, les salariés, qui nous battons pour défendre nos droits. Ce n’est pas la direction qui nous dicte ce qu’on doit faire. On est assez grand», s’emporte une employée de Castorama. 

«On avait des réunions avec l’agence de com’ au début du mouvement, fin 2012. Mais maintenant on n’a plus besoin d’eux, on s’organise par nous-mêmes», assure Gérald Fillon, le porte-parole du mouvement. Le directeur associé de la boîte de communication, Stéphane Attal, était pourtant présent lors de la manifestation. Tout comme l’était un directeur d’un magasin concerné par la fermeture dominicale. Mal à l’aise, Stéphane Attal refuse de parler aux médias. «ça emmerde tout le monde, que les salariés et la direction aient le même objectif », finit-il par lâcher, avant de lancer un énigmatique «je vous dirai tout dans un mois».

D’ici là, il espère que les magasins de bricolage auront obtenu gain de cause. Une délégation du collectif, reçue à Matignon pendant la manifestation, s’est réjouie à l’issue de l’entretien d’avoir été «écoutée et entendue». Un rendez-vous a été convenu avec l'ex-PDG de La Poste, Jean-Paul Bailly, que le gouvernement a mandaté lundi pour rendre un rapport d’ici fin novembre sur le travail dominical. Aucune date n’a été arrêtée mais la rencontre pourrait intervenir «dans les prochains jours», selon une source gouvernementale. D’ici là, les magasins sont invités à se tourner vers leurs préfectures respectives, qui peuvent délivrer, au cas par cas, des autorisations exceptionnelles pour ouvrir le dimanche.