Le malaise des catholiques divorcés

Vincent Vantighem

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L'église Saint-Pierre de Caen.
L'église Saint-Pierre de Caen. — MYCHELE DANIAU / AFP

C’était il y a vingt ans. Mais Thérèse* n’a oublié aucun détail de cette journée où le curé est venu la voir, un peu embêté. «Des parents m’ont alerté, lui a-t-il lancé. Ils préfèrent que vous arrêtiez d’enseigner le catéchisme à leurs enfants…» Installée dans son petit village depuis toujours, Thérèse n’avait pourtant commis aucun crime ou délit. Elle venait simplement de divorcer. «A ce moment-là, j’ai eu un sentiment de rébellion, avoue-t-elle. D’autant que je venais de renouer avec l’Eglise.»

«La leçon aux brebis égarées»

Mais depuis plus de deux millénaires, l’Eglise est mal à l’aise avec les chrétiens divorcés. Encore plus avec ceux qui ont commis le péché de se remarier. «Dans l’Eglise, le mariage est indissoluble, explique le père Cédric Burgun qui officie dans une paroisse parisienne. Quand on se remarie, on est donc en désaccord avec elle.» Et pour marquer sa désapprobation, l’Eglise interdit aux chrétiens divorcés remariés de prendre part au sacrement de la communion.

«C’est un vrai dilemme pour nous, lâche François., catholique installé dans le Nord. On peut continuer à vivre sa foi mais on ne peut pas se remarier. Ou alors, il faut faire une croix sur l’Eglise…» Certes, rares sont les prêtres qui refusent la communion à leurs ouailles. «Mais dans la pratique, certains n’hésitent pas à venir faire la leçon aux brebis égarées une fois la messe dite», poursuit Thérèse.

Les procédures en nullité de mariage

Dans une société où l’Eglise perd autant de vitesse que le divorce en gagne, la question se pose avec tant d’acuité que le pape François a décidé de la mettre à l’ordre du jour. Depuis mardi, il réfléchit avec un groupe de huit cardinaux aux grandes réformes de l’Eglise. En haut de la pile de 80 documents qu’ils doivent étudier figure la question des chrétiens divorcés. «Déjà à Rio, cet été, il avait indiqué qu’il fallait faire preuve d’inventivité sur cette question, explique le père Burgun. Et qu’il fallait sans doute revisiter les procédures.»

Car, comme sur le plan civil, l’Eglise peut également divorcer des couples. Enfin presque. La procédure en nullité permet aux chrétiens de faire «invalider» leur mariage et ainsi d’être en paix avec leur foi. «Il ne s’agit pas d’un divorce, insiste le père Burgun qui intervient en temps que juge ecclésiastique. Mais bien d’une procédure au cours de laquelle l’Eglise reconnaît que le mariage n’était en fait pas valide.» Une fois la procédure aboutie, le chrétien a donc la possibilité de se marier une seconde fois devant l’autel, son premier mariage n’ayant plus aucune existence religieuse.

Experts psys, avocats et juges ecclésiastiques

Infidélité, mensonge sur le désir d’avoir des enfants: les causes permettant de faire invalider un mariage sont nombreuses. Mais il faut avoir le courage de se lancer dans une telle procédure qui ressemble à un véritable procès civil. Experts psychologiques, avocats, juges: les couples doivent passer à deux reprises devant des tribunaux ecclésiastiques pour obtenir le précieux sésame. «C’est compliqué, coûteux et très long, explique François. Mais s’il faut en passer par là pour vivre en paix avec Dieu et sa femme…» D’après le père Burgun, un millier de procédures en nullité de mariage seraient ainsi prononcées chaque année.

* Le prénom a été changé